Alors que le président sud-africain Cyril Ramaphosa effectuait une visite officielle à Kinshasa pour marquer sa solidarité face à la riposte contre l’épidémie d’Ebola, l’ombre des violences xénophobes en Afrique du Sud a lourdement plané sur les échanges.
Derrière le discours officiel de lutte contre « l’immigration illégale », la réalité du terrain s’apparente à une véritable chasse à l’homme au faciès. Ces violences de nature négrophobe ont déjà causé la mort de plusieurs personnes (notamment des ressortissants mozambicains et d’autres pays d’Afrique subsaharienne) et provoqué le déplacement préventif ou forcé de près de 30 000 personnes, face aux ultimatums lancés par des groupes d’autodéfense locaux fixés au 30 juin dernier.
La réponse de Cyril Ramaphosa : un équilibre jugé insuffisant ?
Interpellé par son homologue congolais Félix Tshisekedi, dont les ressortissants subissent de plein fouet ces persécutions sans distinction de leur statut administratif, Cyril Ramaphosa a tenté de désamorcer la crise par un discours axé sur la prudence et la solidarité africaine.
Ramaphosa s’est dit totalement opposé au « vigilantisme » de sa population. Il a fermement rappelé devant le Parlement et lors de ses allocutions que la population ne devait pas se faire justice elle-même, insistant sur le fait que seuls les agents de l’État sont habilités à contrôler les identités.
Il a reconnu des failles étatiques flagrantes. Il a admis des lacunes criantes et de la corruption au sein du système migratoire sud-africain, qui alimentent la frustration de ses concitoyens face au chômage et à la pauvreté.
Cependant s’il a réaffirmé l’attachement de Pretoria aux droits humains, sa posture consistant à vouloir simultanément « rassurer la population locale sur le contrôle des frontières » et « condamner la violence » laisse une impression d’ambiguïté. Pour beaucoup d’observateurs et de victimes congolaises, cette réponse politique peine à garantir une sécurité immédiate et concrète face à l’urgence sur le terrain.
La réaction et les préconisations du Parlement congolais
Face à ce que la société civile qualifie de « racisme anti-africain », les institutions de la République Démocratique du Congo ont haussé le ton. Le Parlement congolais, soutenu par diverses commissions dont celles des affaires étrangères, a préconisé plusieurs mesures fortes dont :
-L’activation des canaux diplomatiques contraignants : exiger de Pretoria des garanties juridiques et sécuritaires strictes pour la protection des Congolais vivant en RSA, qu’ils soient résidents, étudiants ou demandeurs d’asile.
-L’évaluation des accords bilatéraux : certains parlementaires ont évoqué la nécessité de conditionner la coopération économique et les investissements sud-africains en RDC au respect de l’intégrité physique de la diaspora congolaise.
-Le recensement et l’aide au rapatriement : à l’instar d’autres pays africains (comme le Ghana ou le Mozambique) qui ont organisé le retour de leurs nationaux, le Parlement encourage le gouvernement congolais à mettre en place des cellules de crise pour répertorier les victimes et faciliter le rapatriement volontaire de ceux qui souhaitent fuir ce climat de terreur.
Léon Mukanda Lunyama Junior
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