Le spectre d’un passé inquiétant : faut-il craindre la resurgence nationaliste mondiale ?

De l’Allemagne au Japon, en passant par les États-Unis, un vent nationaliste balaie la planète, rappelant des heures sombres. Mais ce retour en force, aussi inquiétant soit-il dans ses manifestations, est-il le signe annonciateur d’un nouveau cataclysme mondial ?

L’Europe se réveille avec un goût d’histoire amère. Ce dimanche 6 septembre, la Saxe-Anhalt, terre d’ex-Allemagne de l’Est, a offert une victoire écrasante au parti d’extrême droite AfD, récoltant près de 44 % des voix . Porté par un discours anti-immigration, nationaliste et teinté d’une surprenante nostalgie pour l’époque communiste de la RDA , le mouvement mené par Ulrich Siegmund a infligé un camouflet retentissant au chancelier conservateur Friedrich Merz, pourtant élu sur un programme de fermeté .

Ce n’est pas un cas isolé. La France voit le Rassemblement national (RN) s’imposer comme la première force d’opposition , sondage après sondage. Son président, Jordan Bardella, affiche déjà ses lignes rouges sur le budget tandis que son parti, autrefois diabolisé, est désormais courtisé, son problème de financement devenant presque une affaire d’État . Aux États-Unis, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a confirmé une rupture idéologique profonde, certains analystes y voyant l’influence de courants néo-réactionnaires qui appellent à « une fin de la démocratie » . Même le Japon, bastion de l’homogénéité, n’est pas épargné. Le parti nationaliste Sanseito, inspiré du trumpisme, a fait une entrée fracassante sur la scène politique avec un programme « Japon d’abord » .

Ce tableau, qui évoque pour certains les années 1930, une ère de fragmentation et de montée des périls , invite à la plus grande vigilance. Plusieurs raisons concrètes nourrissent une inquiétude légitime pour la population.

Une remise en cause de l’ordre établi et des alliances

La première crainte réside dans la fin du consensus international. L’ère Trump a illustré la volonté de déconstruire l’ordre mondial libéral, affaiblissant des institutions comme l’ONU ou l’OTAN, et transformant des alliés historiques en « proies » ou « adversaires idéologiques » . L’AfD, de son côté, défend un programme russophile, promettant de cesser le soutien à l’Ukraine . Cette remise en cause des alliances fragilise la sécurité collective et crée un vide géopolitique dans lequel les puissances autoritaires pourraient prospérer, exactement comme dans l’entre-deux-guerres, où le repli sur soi a mené à la catastrophe .

Une démocratie mise à l’épreuve par le populisme

L’inquiétude est tout aussi grande en interne. La stratégie du « cordon sanitaire », qui isole l’extrême droite, vole en éclats. L’arrivée de l’AfD au pouvoir dans un Land serait une première depuis 1945 , et même sans majorité absolue, son succès électoral démontre l’échec des partis traditionnels, créant une instabilité chronique . De plus, les méthodes employées interpellent. L’AfD joue sur une « nostalgie » de la RDA pour capter les électeurs , tandis que le trumpisme s’attaque au « roman national » et à la vérité historique . Cette instrumentalisation de l’histoire et ce rejet des faits sapent les fondements du débat démocratique.

Une fracture sociale et territoriale qui s’accentue

Enfin, le nationalisme prospère sur les inégalités. La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt est aussi celle d’une région de l’ex-RDA qui s’estime délaissée et « invisible » face à l’Ouest . Le discours anti-immigrés y prospère, non par un rejet de l’autre, mais comme un symptôme de défiance envers des élites perçues comme déconnectées. Le phénomène est mondial, du vote Sanseito au Japon aux électeurs de Trump. Faire porter le poids des difficultés économiques sur les plus faibles est un mécanisme bien connu de l’histoire, et il est à l’œuvre aujourd’hui.

Alors, faut-il redouter une nouvelle guerre mondiale ? Si le parallèle historique est troublant, il serait erroné de le prendre pour une prédiction exacte. Le monde d’aujourd’hui, avec son interdépendance économique et ses armes de destruction massive, est différent. La menace n’est donc pas celle d’une répétition à l’identique, mais la résurgence des démons qui y ont conduit : le repli identitaire, la contestation des faits, la sacralisation du « peuple » contre les « élites » et la quête de boucs émissaires. Ces forces, si elles ne sont pas comprises et endiguées, pourraient à terme transformer nos démocraties et emporter les équilibres fragiles qui nous protègent. Les 6 000 manifestants rassemblés à Magdebourg pour défendre « la démocratie » sont un rappel poignant qu’aucune vigilance n’est de trop.

La Rédaction 

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