Dialogue national en RDC : la C64, du « dialogue supplié » au dialogue refusé, une incohérence politique flagrante

La Coalition Article 64 (C64) a opposé, ce 28 août, un refus catégorique au format du dialogue national proposé par le Président Félix Tshisekedi, dénonçant des consultations populaires éloignées des « objectifs politiques essentiels » et soupçonnant une manœuvre pour un troisième mandat .

Si cette position de l’opposition est dans l’ordre des choses; le travail de l’opposition en démocratie étant de s’opposer à toute action du pouvoir, la démarche de la C64 révèle des faiblesses et contradictions majeures, sur le fond comme sur la forme, qui fragilisent sa posture politique.

La première contradiction frappe par son évidence. La C64, qui a longtemps « supplié » pour la tenue d’un dialogue national, en rejette aujourd’hui le format, oubliant qu’il est de la prérogative du Chef de l’État convoquant une telle instance d’en définir les contours. Elle semble avoir été « prise de court » par une initiative qu’elle a elle-même appelée de ses vœux, espérant peut-être un cadre de négociation plus traditionnel centré sur le partage du pouvoir.

Cette réaction illustre une contradiction profonde : sa défense intransigeante de la Constitution semble s’effacer devant la crainte que le débat n’échappe à son contrôle. C’est ce qu’ avait laisse entendre une figure de proue de la C64 qui avait soutenu que le dialogue est « une affaire de politiciens », s’opposant de facto à une implication directe du peuple . Dès lors, comment la C64 peut-elle prétendre parler au nom de la population tout en rejetant une initiative qui vise justement à l’impliquer ?

Cette position expose la véritable finalité de la C64. La déclaration de Kabund d’il y a peu, affirmant que le partage du pouvoir est la « conséquence logique du dialogue national » et exigeant la Primature pour l’opposition, confirme que son objectif principal est un rééquilibrage politique au sommet de l’État, et non une refonte de la gouvernance ou une résolution de la crise sécuritaire .

Un diagnostic contestable : la « paranoïa » du troisième mandat

La critique la plus virulente de la C64 est l’accusation selon laquelle le dialogue serait un prétexte pour une modification constitutionnelle visant un troisième mandat de Félix Tshisekedi . Ce soupçon, qualifié de « paranoïaque » par ses détracteurs, n’est pour l’instant étayé par aucune preuve tangible.

Par ailleurs, ce refus officiel hypothequerait la participation de la C64 à un débat crucial sur l’avenir du pays. En rejetant en bloc une initiative qui cherche à élargir le débat aux forces vives et à la population, l’opposition semble aveuglée par ses propres craintes. Elle risque de passer ainsi à côté d’une occasion de peser sur les décisions qui seront prises et de proposer une alternative crédible, préférant une posture de dénonciation qui confine à l’impuissance politique.

La C64 apparaît ainsi dans une position paradoxale : en se drapant dans une défense stricte de la Constitution, elle en vient à rejeter le principe même d’une consultation populaire, qui est pourtant le fondement de toute démocratie. L’impasse politique actuelle n’est pas surmontée par un refus systématique, mais par une participation constructive. En s’enfermant dans ses calculs politiciens, la C64 risque de se couper du peuple qu’elle prétend défendre et de s’isoler sur la scène politique nationale.

La Rédaction 

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