Alors que les dirigeants du G7 se réunissent à Evian-les-Bains pour leur 52e sommet annuel, la cité thermale française devient le miroir de fractures économiques profondes. Aujourd’hui, les puissances occidentales et le Japon font face à un constat sans appel : leur hégémonie historique s’est irrémédiablement effritée au profit du dynamisme des pays émergents.
Du directoire monfial au club de la nostalgie
Lors de sa création en 1975 dans la foulée du premier choc pétrolier, le G7 composé des États-Unis, Japon, Allemagne, France, R-U, Italie, Canada, s’est imposé comme le véritable directoire économique de la planète. A l’époque, ce groupe des démocraties industrielles représentait à lui seul près de la moitié du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat (PPA), et plus de 60% en valeur nominale. Prendre une décision à sept équivalait à fixer la trajectoire financière du reste du globe.
Au jour d’aujourd’hui, l’ambiance au bord du lac Léman est bien différente. Selon les statistiques les plus à jour du FMI, la part du G7 dans le PIB mondiale (PPA) a chuté sous la barre des 28%. Si le groupe conserve une force de frappe financière considérable, sa domination structurelle appartient au passé. En cause, l’irrésistible ascension des pays émergents.
En effet, le déclin relatif du G7 n’est pas le signe d’un appauvrissement absolu de ses membres, mais plutôt le résultat du rattrapage fulgurant des économies dynamiques du Sud global, portées par le bloc des BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, RSA, récemment rejoints par l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran et les Émirats Arabes Unis).
Le croisement des courbes ou d’indicateurs, survenu au début des années 2020, est désormais consolidé. Si la part du PIB mondial en PPA du G7 est evalué à près de 28%, celle des BRICS+ avoisine les 41%. La croissance moyenne du PIB surfe dans la fourchette de 1,2 à 1,7%, tandis que celle des BRICS+ oscille entre 3,4 et 4 %, soit plus du double.
L’explication technique de ce basculement réside dans le potentiel de croissance. Des nations comme la Chine ou l’Inde traversent des phases massives d’industrialisation et d’urbanisation, avec des taux de croissance insolents (jusqu’à 6,5% pour l’Inde). A l’inverse, les économies matures du G7, excepté la résilience relative de l’économie américaine avec 2,2%, s’essoufflent dans une croissance molle, plombée par le vieillissement démographique et des niveaux d’endettement public record (plus de 123% du PIB en moyenne pour le groupe)
Evian : Une redéfinition des priorités pour rester pertinent
Consciente de ce rééquilibrage des forces, la présidence française du sommet d’Evian a dû adapter son agenda. Il ne s’agit plus pour le G7 d’imposer unilatéralement ses règles du jeu, mais de sécuriser sa propre résilience face aux géants de demain. Les priorités affichées cette semaine en témoignent :
– La sécurisation des minéraux critiques: le G7 tente de diversifier ses chaînes d’approvisionnements en métaux rares, plus qu’indispensables à la transition numérique et énergétique; un secteur aujourd’hui largement contrôlé par la Chine.
– Le nouvel ordre de solidarité internationale : face au crédit croissant des BRICS auprès des pays en développement, le G7 cherche à rebâtir des partenariats plus équitables pour ne pas perdre définitivement son influence en Afrique et en Asie du Sud-Est.
En définitive, le G7 n’est plus le cœur exclusif de la richesse mondiale. Il demeure néanmoins un forum d’influence géopolitique et financier majeur en raison de la puissance du dollar américain et à son avancé technologique. Mais il doit désormais composer avec un monde multipolaire où le centre de gravité économique bascule inexorablement vers l’Est etble Sud-Est de la planète.
Léon Mukanda Lunyama Junior