Bourse de Kinshasa : l’économie congolaise est-elle (enfin) prête ?

Le projet de loi relatif aux marchés financiers porté par le ministre des Finances Doudou Fwamba et fraîchement declaré recevable par le Parlement place la République Démocratique du Congo au seuil d’une transformation historique. Attendu depuis plus de cinq décennies, le lancement de la future Bourse de Kinshasa ambitionne de rompre la dépendance exclusive des entreprises locales envers les crédits bancaires de court terme et l’aide internationale.

Techniquement, cette loi définit les règles d’appel public à l’épargne, crée les intermédiaires (courtiers), organise la surveillance des marchés et encadre les chambres de compensation. C’est l’acte de naissance juridique qui permettra à la structure de la Bourse de Kinshasa d’accueillir les premières entreprises cotées.

Cependant, au-delà de l’enthousiasme politique, une question économique cruciale s’impose : le pays est-il structurellement prêt à accueillir un marché des valeurs ?

Un potentiel indéniable et des signaux positifs

L’argument en faveur de cette bourse repose sur des dynamiques macroéconomiques récentes et des besoins de financement massifs qui ne trouvent plus des réponses dans le système bancaire classique .

Le projet s’inscrit dans une logique diversification des financements. Les entreprises et l’Etat congolais ont un besoin vital de ressources à long terme pour financer les infrastructures et le développement. La possibilité d’émettre des actions et des obligations offre donc une alternative primordiale.

Par ailleurs, la RDC a vu sa crédibilité internationale se renforcer à la faveur de l’émission réussie d’eurobonds pour un montant de 1,25 milliard de dollars. Une preuve de l’amélioration de la signature financière du pays auprès des investisseurs internationaux.

De plus le projet de loi innove en intégrant une Bourse des marchandises. Pour une économie dépendante de ses ressources naturelles,  standardiser et coter localement les produits miniers et agricoles pourrait capter une valeur ajoutée immense.

Les défis structurels à surmonter

Malgré ce volontarisme, l’écosystème  financier congolais présente des fragilités qui pourraient freiner l’élan de la future place boursière. Pour qu’un marché financier fonctionne, il requiert de la confiance, de la liquidité et de la transparence.

Au nombre de ces faiblesses, il y a ce  déficit criant de culture financière et d’épargne des congolais, traduit par un faible taux de bancarisation et par une économie informelle prédominante. Ce qui peut présenter pour la Bourse, un manque de liquidités et une faible participation des ménages.

L’autre écueil réside dans la gouvernance des entreprises. En effet rares sont les entreprises locales, hormis les banques et les géants miniers, qui publient régulièrement des bilans audités transparents. Cela augure des difficultés pour les investisseurs d’évaluer la valeur réelle des titres.

La dollarisation extrême de l’économie congolaise surtout dans les transactions de valeur, participe aussi à tempérer les ambitions du projet. Une donnée qui complexifie le choix de la devise de la  future cotation boursière  et les risques de change.

L’expérience de la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) voisine renseigne qu’un cadre légal ne suffit pas. Sans un vivier d’entreprises transparentes et dynamiques prêtes à s’ouvrir au capital, le marché risque l’atonie.

Le verdict : Une pari nécessaire, mais conditionnel 

L’économie congolaise n’est peut-être pas mûre selon les standards occidentaux, mais attendre une maturité parfaite condamnerait le pays à faire du surplace financier. La création de la Bourse de Kinshasa est un pari sur l’avenir.

Pour réussir,  ce marché devra impérativement s’appuyer, dans un premier temps, sur des piliers incontournables : les grandes entreprises minières, les institutions bancaires solides et l’Etat lui-même à travers des obligations souveraines. Parallèlement, un renforcement drastique de la lutte contre le blanchiment des capitaux et une transition accélérée vers la transparence comptable, seront les clés de voûte de la confiance des investisseurs.

Léon Mukanda Lunyama Junior 

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