Alors que l’encre de l’« Accord d’Islamabad » et du protocole de Versailles vient à peine de sécher en ce mois de juin 2026, la communauté internationale retient son souffle. Qualifié par les observateurs de compromis bancal ou d’« accord divergent », le texte censé mettre fin à la guerre ouverte qui a éclaté en février dernier entre l’Iran, les États-Unis et Israël ressemble davantage à un cessez-le-feu armé qu’à un traité de paix durable. Avant même l’implémentation complète de sa signature, les fissures de ce pacte apparaissent au grand jour, exacerbées par des déclarations contradictoires et des tensions sur le terrain.
Contradictions profondes évidentes sur les dossiers les plus sensibles
Le contrôle et le « péage » du détroit d’Ormuz : Véritable poumon économique mondial, le détroit a été bloqué et miné par l’Iran pendant le conflit. Si un processus de déminage est amorcé, le négociateur en chef iranien, Mohammad-Bagher Ghalibaf, a d’ores et déjà prévenu que le détroit « ne reviendra jamais à ses conditions d’avant-guerre ». Téhéran revendique sa souveraineté et s’associe à Oman pour imposer des taxes de passage. De son côté, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a fermement répliqué que Washington n’accepterait aucun « péage iranien » sur cette voie maritime internationale.
Le dégel des avoirs iraniens : Au cœur des négociations se trouve la libération de dizaines de milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés (dont certains remontent à la révolution de 1979). Si Washington fait miroiter un allègement des sanctions économiques en échange de garanties nucléaires strictes, les modalités et le calendrier de restitution restent flous, Téhéran exigeant des garanties immédiates face à la volatilité de la politique américaine.
Réparations de guerre et programme militaire : Alors que Donald Trump affirme triomphalement avoir dépouillé l’Iran de « toute capacité nucléaire et balistique », les dirigeants iraniens nient catégoriquement avoir consenti à de telles concessions sur leur souveraineté nationale et entendent poursuivre leur programme d’enrichissement de l’uranium tel que prévu avant l’ouverture du conflit. De plus, la question des compensations financières pour les infrastructures détruites par les intenses bombardements de l’opération américaine Epic Fury demeure un point de blocage psychologique et financier majeur.
Menaces sur une paix précaire : Quel impact sur le cessez-le-feu ?
L’incidence de ces divergences sur la stabilité régionale est immédiate et alarmante. Le cessez-le-feu actuel ne tient qu’à un fil pour plusieurs raisons fondamentales.
Le facteur des acteurs non-signataires : Le plus grand péril pour cet accord réside dans le fait qu’il exclut des acteurs clés du conflit au sol, notamment Israël et le Hezbollah au Liban. Si les parrains américains et iraniens ne parviennent pas à contenir leurs alliés respectifs, l’accord volera en éclats.
Le risque d’un incident maritime : Avec un trafic commercial qui reprend timidement dans le détroit d’Ormuz (les navires naviguant souvent transpondeurs coupés par peur des mines), la moindre erreur d’identification ou escarmouche entre les vedettes des Gardiens de la révolution et la coalition navale occidentale pourrait rallumer les poudrières.
L’impasse politique interne : Aux États-Unis comme en Iran, les faucons politiques poussent à la surenchère. Le refus de Téhéran de se soumettre aux inspections nucléaires totales promises par la Maison-Blanche offre déjà des arguments à ceux qui, à Washington, souhaitent relancer le blocus naval.
En somme, cet accord n’a pas résolu les causes profondes de la guerre de 2026 ; il a simplement figé les positions dans un statu quo hautement instable. Faute de compromis réaliste sur le partage du pouvoir dans le détroit d’Ormuz et sur les contreparties financières, ce « cessez-le-feu » risque de n’être qu’une simple trêve technique avant une seconde vague d’hostilités.
Léon MUKANDA LUNYAMA Junior