Des fissures notables au sein du bloc catholique face à la révision constitutionnelle

Par Léon Mukanda Lunyama Junior 

Décidément l’Église catholique en RDC qui veut se positionner au centre du débat politique de l’heure, traverse une zone de fortes turbulences.

Longtemps perçue comme un bloc monolithique et le principal contre-pouvoir face aux régimes successifs, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) affiche aujourd’hui des lézardes que le pouvoir de Kinshasa ne se privera certainement pas d’exploiter.

​L’élément déclencheur de ce séisme interne ? Le refus de Monseigneur Emmanuel Bernard Kasanda, évêque de Mbujimayi, de signer la déclaration finale de la CENCO s’opposant fermement au projet de révision constitutionnelle porté par le régime de Félix Tshisekedi.

Une fissure géopolitique et interne

​Cette non-signature n’est pas un simple détail administratif ; elle sonne comme un désaveu public de la ligne dure incarnée par le cardinal Fridolin Ambongo et Monseigneur Donatien Nshole. En se désolidarisant de ses pairs, l’évêque du chef-lieu du Kasaï-Oriental — fief historique et politique du président actuel — met en lumière une fracture à la fois géographique et politique au sein de l’épiscopat. Pour beaucoup d’observateurs, l’Église subit le contrecoup du repli identitaire et des fidélités régionales qui traversent la société congolaise.

​Le malaise s’est encore accentué avec la sortie fracassante de la Commission  des Jeunes Catholiques de la RDC (CJCRDC). Dans un récent communiqué, la CJCRDC se désolidarise officiellement de la démarche de la hiérarchie de la CENCO et cette structure de base prouve que le fossé ne se creuse pas seulement au sommet de la pyramide, mais également entre les princes de l’Église et leur base laïque.

En effet,  elle note expressément que « la prise de position exprimée par le secrétaire général de la Cenco n’engage nullement l’entièreté de l’Église catholique mais représente plutôt l’opinion d’une frange de la hiérarchie ecclésiastique qui, malheureusement semble avoir été influencée par des intérêts économiques, personnels et des pressions diverses. Plusieurs signatures apposées sur cette déclaration l’ont été sous la contrainte et non par conviction. »

Elle ajoute que « cette décision ne respecte pas l’intelligence et la liberté des chrétiens catholiques. Elle fragilise davantage notre foi en instumentalisant le nom de l’Église à des fins qui ne sont pas spirituelles ni pastorales, mais bien politiques et partisanes ». Et ainsi, « le point de vue de la Cenco sur cette question n’engage en rien toute l’Église catholique ».

Le procès en « deux poids, deux mesures »

​Au-delà de la question constitutionnelle, c’est la posture globale du leadership de la CENCO qui est aujourd’hui clouée au pilori par une partie de ses propres fidèles. Les critiques fusent et dénoncent une asymétrie de traitement flagrante.

D’un côté, une hostilité jugée systématique, frontale et presque viscérale de MM. Ambongo et Nshole à l’égard des institutions de Kinshasa.​

De l’autre, une forme de réserve, voire d’indulgences sémantiques, perçue vis-à-vis des insurgés de l’Est du pays et des coalitions politiques qui s’allient à Kigali pour déstabiliser la nation.

​Pour les contempteurs de la ligne Ambongo, ce positionnement affaiblit la cohésion nationale en temps de guerre. En concentrant ses tirs sur le pouvoir central tout en ménageant, par omission ou par excès de neutralité diplomatique, ceux qui agressent le pays, la direction de la CENCO prête le flanc à l’accusation de partialité politique.

​La CENCO a survécu à Mobutu, Kabila père et Kabila fils en restant unie. Mais face au régime Tshisekedi, l’édifice vacille. Le refus de Mgr Kasanda et la fronde des jeunes catholiques démontrent que le magistère moral de l’Église ne fait plus l’unanimité. En politisant à outrance son discours, la haute hiérarchie catholique court le risque de perdre son atout le plus précieux : son rôle d’arbitre neutre et respecté au-dessus de la mêlée.

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