Par Jerry Bossa
Le ton était inhabituellement ferme. Lors de la 91e réunion du Conseil des ministres, le 29 mai, le président Félix Tshisekedi a tranché : « Notre pays ne peut plus se permettre une gestion fragmentée de l’aide extérieure. » Le chef de l’État a lié explicitement la souveraineté économique à la capacité de l’État à orienter les ressources vers les priorités nationales, et a instruit la Première ministre de conduire, sous quinze jours, une évaluation complète destinée à identifier les blocages et à proposer des mesures correctives.Le calendrier de cette injonction n’est pas anodin. Elle intervient alors que la Banque mondiale promet jusqu’à 3 milliards de dollars, que le FMI s’apprête à libérer quelque 442 millions, et que le budget rectificatif vient d’acter le poids déterminant — et la volatilité — des ressources extérieures. Pour un État dont l’aide représente une part croissante du financement public, la dispersion des canaux et la lenteur des décaissements constituent un coût caché majeur.L’audit commandé pourrait ainsi marquer un tournant doctrinal : passer d’une logique de captation de financements à une logique d’absorption et de pilotage. Les premières conclusions, attendues d’ici la mi-juin, diront si Kinshasa se dote enfin des instruments pour faire de l’aide un levier maîtrisé plutôt qu’une dépendance subie