Cobalt : le pari congolais des quotas tient les prix, mais bute sur le terrain

Par Jerry Bossa

Premier producteur mondial, la République démocratique du Congo a fait du cobalt un instrument de politique économique. Après la suspension des exportations décidée en février 2025 pour endiguer la surabondance de l’offre et l’effondrement des cours, Kinshasa a basculé le 15 octobre vers un système de quotas piloté par l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS). Le plafond annuel est fixé à 96 600 tonnes pour 2026 et 2027, soit environ la moitié des volumes exportés en 2024.La stratégie produit des effets sur les prix. Après avoir franchi la barre des 50 000 dollars la tonne en décembre 2025, le cobalt se négocie aujourd’hui autour de 45 000 dollars sur le London Metal Exchange — un net redressement par rapport au creux qui avait motivé l’intervention. La répartition 2026 réserve 87 000 tonnes aux miniers, 9 600 tonnes de quotas stratégiques et 17 716,55 tonnes de reliquats 2025 ; le géant sino-congolais CMOC, qui a produit 117 549 tonnes en 2025, s’est vu allouer 31 200 tonnes.Mais le dispositif révèle ses limites dans l’exécution. Entre décembre 2025 et fin février 2026, à peine 7 800 tonnes avaient été effectivement dédouanées, malgré la disponibilité des quotas. Cet écart entre l’intention réglementaire et la réalité logistique fragilise la rente attendue et nourrit des tensions sur le terrain. Le succès du modèle congolais — faire de la rareté organisée un levier de prix — dépendra désormais de sa capacité à fluidifier la chaîne d’exportation.

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