Par Léon Mukanda Lunyama Junior
Après le coup d’essai de la coalition C64 de la journée du mercredi 03 juin decretée « ville morte », pour protester contre la révision constitutionnelle voulue par l’Union Sacrée de la Nation et le prétendu « 3ème mandat du Président de la République », l’heure en est aux comptes.
L’opposition a revendiqué un « succès indeniable » sur toute « l’étendue de la République ». En d’autres mots, l’appel à la désobéissance civile avec de menaces de caillassage des véhicules qui oseraient emprunter les artères de la capitale, a été « largement suivi ». Tandis que la majorité continue de fustiger le « fiasco cuisant » de l’opération.
L’observation sur le terrain et les dynamiques socio-économiques du fameux jour ont pourtant démontrer l’efficacité largement érodée de l’opération.
Le constat fut celui d’une journée déclarée morte mais active à Kinshasa parce que les organisateurs n’ont pas intégré de nombreux facteurs essentiels dans leur initiative. D’où le désaveu d’une grande partie des kinois.
La majorité d’entre eux vivant depuis des décennies au taux du jour car œuvrant dans l’informel, ne pouvait se cloîtrer chez soi, pour permettre aux politiciens en mal de positionnement d’assouvir leurs ambitions propres. La nécessité économique a primé sur le mot d’ordre politique.
Par ailleurs, la ville morte est une stratégie par défaut moins risquée qu’une manifestation de rue non autorisée, mais aussi moins percutante.
Cette opposition vient de démontrer une force de mobilisation bien émoussée, conséquence logique d’une usure de stratégie.
Le contrôle de l’appareil administratif par le gouvernement qui avait rappelé aux fonctionnaires leur obligation d’assuidité sous peine de sanction, est un autre facteur qui explique le flop de l’opposition. Cette pression sur le secteur public associée à une présence policière dissuasion aux points stratégiques, a empêché la paralysie des services essentiels.
Enfin, la population est, après plusieurs expériences ne débouchant nullement à des changements concrets dans son vécu quotidien, fatiguée politiquement parlant. Et le fossé entre les agendas des leaders et les priorités sociales devenant de plus en plus large.
Si la coalition C64 a salué une « forte adhésion » de la population kinoise, en réalité le 03 juin a plutôt ressemblé à une journée de prudence, vu les menaces profèrés par les initiateurs qu’à une véritable insurrection pacifique capable de faire reculer le pouvoir dans son projet de changement constitutionnel.
Leur démarche a simplement mis en lumière l’affaiblissement de la ville morte comme levier de pression politique. Elle risque donc de se révéler contre-productive, en poussant le pouvoir à interpréter cet échec comme une adhésion du peuple à ses velléités de modification de la constitution.