Les 61èmes Assemblées du groupe de la Banque Africaine de Développement se sont tenues du 25 au 29 mai dernier, au Centre International de Conférence de Kintélé de Brazzaville, en République du Congo. Une édition qui avait pour thème : « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté. »
Le volet environnemental et climatique a été au cœur des discussions, le changement climatique étant désormais indissociable des enjeux du développement économique du continent.
Évaluant le coût économique du dérèglement climatique pour l’Afrique, la BAD a annoncé des statistiques alarmantes sur son impact direct sur les économies africaines. Le changement climatique ampute déjà jusqu’à 5% du PIB des certains États-Unis africains chaque année, accentuant ainsi la pauvreté et freinant l’industrialisation.
Parallèlement, le déficit de financement climatique du continent demeure abyssal. Il est estimé au jour d’aujourd’hui à 213,4 milliards USD nécessaires pour combler ses besoins en adaptation et en atténuation, d’ici 2030.
Face à la stagnation de l’Aide Publique au Développement international et à la fragmentation géopolitique, les gouverneurs des banques centrales africaines ont insisté sur l’urgence d’attirer les capitaux privés et de mettre en place des mécanismes de financement innovants pour la transition verte.
Les discussions ont par ailleurs porté sur la nécessité d’une « transition énergétique juste », qui tiennent compte des réalités énergétiques du continent, en l’occurrence le besoin d’accès universel à l’électricité. Car il n’y a pas de développement sans électricité.
Subsidiairement, l’accent a été mis sur la valorisation du capital naturel, à travers la transformation locale des minerais critiques (lithium, cobalt, cuivre, etc) essentiels à la transition énergétique mondiale.
En effet, l’Afrique veut en finir avec son statut de simple exportateur des produits de base et capter la valeur ajoutée des technologies vertes.
Toujours lors de ces Assemblées de la BAD, les débats sur la protection de la biodiversité et des forêts du bassin du Congo, ont été au centre des enjeux climatiques et financiers de l’Afrique centrale, portée par le Fonds Bleu pour le bassin du Congo.
La table ronde de ce fonds a rappelé l’importance cruciale de préserver le bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète qui s’étend sur 300 millions d’hectares de forêts et de tourbières. Il joue un rôle primordial dans la régulation du climat mondial de par son statut de puits de carbone de l’Afrique. Il stocke d’immenses quantités de carbone tout en assurant la subsistance de dizaines de millions de personnes dans toute la région.
Pour ces services écosystèmiques rendus au reste de la planète, il a été exigé une rémunération plus équitable, à travers les marchés de crédits carbone, très favorables jusque-là à l’Amazonie.
« Les six pays de l’Afrique centrale ne peuvent assumer seuls la responsabilité de la protection d’un puits de carbone mondial aussi crucial« , a martelé Mr Léandre Bassolé, Directeur général pour l’Afrique du Groupe de la BAD. Il y a nécessité des partenariats financiers internationaux plus solides.
En réponse à ces appels de fonds, plus de 3 milliards de USD ont été promis pour soutenir 63 projets à faibles émissions de carbone visant la préservation et la restauration du bassin du Congo, poumon climatique qui recèle de 23 000 milliards de USD de valeur inexploitée, à en croire la Banque mondiale.
En cas de respect des engagements de financement souscrits par des partenaires, les projets éligibles sont répartis selon les.catégories suivantes :
– Hydroélectricité et énergies renouvelables : construction des mini-barrages Hydroélectriques pour réduire la dépendance au charbon de bois et des projets d’énergie solaire et biomasse pour les zones rurales.
– Transport fluvial et économie de l’eau ; balisage des voies navigables du fleuve Congo et de ses affluents et la modernisation des ports fluviaux et assainissement des eaux.
– Agriculture durable et Ecotourisme : projets de développement de l’agroforesterie pour mettre un frein à la déforestation provoquée par l’agriculture sur brûlis. Et de projets de pêche et pisciculture, et de valorisation touristique des parcs nationaux et des aires protégées
– Gestion durable des forêts et des tourbières : des projets spécifiques de préservation des tourbières de la cuvette centrale, puits de carbone mondial critique et le soutien aux filières de foresterie communautaire.
Léon MUKANDA Lunyama Junior