Sanctions américaines contre Téhéran : l’illusion d’un « D-Day » économique

L’annonce le 21 août dernier par le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, d’une offensive économique désignée sous le nom d’« Opération Economic Outcast » et qualifiée de « D-Day économique », marque une tentative explicite de Washington de compenser par la contrainte financière des impasses sur le front géopolitiques majeures.

La serie des mesures coercitives frappe les secteurs iraniens de l’or, de l’aviation, du transport maritme, des technologies nucléaire et balistique, ainsi que des actifs numériques. L’objectif affiché — asphyxier le régime iranien en coupant ses accès au réseau SWIFT et au système dollar via des sanctions secondaires — se heurte à une réalité stratégique que Téhéran affirme avoir anticipée depuis deux décennies.

Une stratégie américaine sous contrainte électorale

​À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, l’administration Trump cherche à afficher une fermeté spectaculaire auprès de son électorat. Confrontée aux limites de son action militaire et à l’impact des tensions sur le trafic dans le détroit d’Ormuz, la Maison-Blanche mise sur l’arme monétaire et financière pour afficher des résultats rapides sans engager davantage de troupes sur le terrain.

​Pourtant, cette posture d’« assèchement total » montre rapidement ses limites face aux impératifs de la finance mondiale. Scott Bessent a lui-même reconnu la délicatesse de l’exercice en refusant de fixer un calendrier rigide pour l’application de sanctions secondaires à l’encontre des banques étrangères et donc chinoises, admettant en conférence de presse ne pas vouloir « faire exploser le système financier mondial ».

La résilience de l’axe BRICS et des circuits parallèles

​Téhéran, loin de céder à la panique, raille une stratégie jugée prévisible. La République islamique s’est structurée pour fonctionner en marge des circuits financiers occidentaux.

En effet, son ​pétrole a toujours été negocié hors-dollar. La majeure partie des exportations pétrolières iraniennes est destinée à la Chine et acheminée par une « flotte fantôme » de tankers. Ces transactions s’effectuent en yuan ou via des mécanismes de troc, totalement étanches aux sanctions fondées sur le dollar.

L’adhésion de l’Iran aux BRICS a consolidé la mise en place de systèmes de paiement interbancaires alternatifs à SWIFT, développés en concertation avec Moscou et Pékin.

​Par ailleurs, le secteur des actifs numériques et le recours aux marchands d’or régionaux (notamment dans le Golfe) offrent à l’économie iranienne des liquidités de secours que les régulateurs américains peinent à tracer totalement.

Un pari diplomatique à haut risque

​En menaçant d’isoler les États tiers qui commercent avec l’Iran, Washington prend le risque d’accélérer la dédollarisation des échanges internationaux plutôt que de plier le régime de Téhéran. Pour les membres des BRICS, céder aux injonctions de l’administration américaine équivaudrait à valider l’extraterritorialité du droit américain — une concession politique qu’aucun de ces grands émergents n’est prêt à faire.

​Au lieu d’amener le régime à la table des négociations, cette nouvelle offensive risque de renforcer l’aile dure du pouvoir iranien tout en approfondissant la fracture entre l’Occident et le Sud global.

Léon Mukanda Lunyama Junior 

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