La RDC mène sur deux fronts une même bataille : transformer ses ressources en financements. Sur le plan diplomatique, le dossier dominant reste le cadre tripartite scellé à Washington, où l’accord de paix RDC-Rwanda de juin 2025 a été prolongé, en août, par un cadre d’intégration économique régionale couvrant l’énergie, les infrastructures, les chaînes d’approvisionnement en minerais, la santé publique et les parcs nationaux. La formule, résumée par la diplomatie américaine en « minerais contre paix », conditionne l’accès des États-Unis aux minerais critiques congolais à la stabilisation de l’Est. Elle reste contestée en interne : une requête déposée en janvier 2026 devant la Cour constitutionnelle soutient qu’un tel engagement exigerait l’aval du Parlement ou un référendum. La Chine, de son côté, demeure le partenaire structurant de long terme via le « contrat du siècle » minier et infrastructurel, dont le volet infrastructures reste scruté quant à son exécution. Sur le plan financier, Kinshasa élargit sa palette de bailleurs. La Banque mondiale, dont l’engagement actif en RDC atteignait 7,6 milliards de dollars à la mi-mars (22 projets nationaux et une opération régionale), s’est fixé avec le gouvernement l’objectif de porter le taux de décaissement à au moins 30 % en 2026, et appuie notamment les fondations du méga-projet hydroélectrique Inga 3.
De plus, le pays courtise désormais la finance privée. Un consortium réunissant Mida Advisors, Standard Bank et Bank of America, a été reçu le 11 juin à Kinshasa par la Première ministre Judith Suminwa, ciblant des financements dans les infrastructures et les mines. Le fil rouge est limpide.
Qu’il s’agisse de Washington, de Pékin, de Washington-encore via Bretton Woods ou de grandes banques d’affaires, la RDC monnaye son sous-sol contre des capitaux. La réussite de la stratégie dépendra de sa capacité à convertir ces promesses en décaissements effectifs — et à le faire sans hypothéquer ni sa souveraineté ni sa stabilité.
Par Jerry Bossa