Le sommet Africa Forward tenu ce 11 et 12 mai à Nairobi sur une initiative d’Emmanuel Macron, marque une inflexion notable de la politique africaine de la France.
Après le constat amer d’echec de la France-Afrique, où la France agissait en Seigneur face à un parterre de vassaux composés de pays africains francophones, Macron vient d’imaginer un nouveau concept de coopération africaine de la France, marquée par une ouverture assumée vers l’ Afrique anglophone. Pas étonnant que la représentation des chefs d’Etat des pays francophones ait été de strict minimum.
L’abandon net du pré-carré français au profit des géants anglophones qui disposent des marchés présentant des atouts structurels que les investisseurs ne peuvent plus longtemps ignorer. Notamment le Nigeria, premier partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne, et la RSA, l’économie la plus industrialisée et la plus diversifiée du continent avec des infrastructures logistiques et financières aux standards mondiaux. Le leadership technologique avec la « silicon savanah », la diversification énergétique stratégique ainsi qu’un climat des affaires décomplexé sont autant d’atouts de ces pays anglophones qui ont séduit les investisseurs français.
Cette stratégie française qui prône la diversification des partenaires, a été salué à juste titre par les participants évalués à plus de 7000 dont des entreprises privées françaises et africaines ainsi que la société civile africaine.
L’enveloppe des 23 milliards d’euros annoncée ne constituent pas une « aide » au sens classique aux pays africains, mais plutôt une mobilisation en masse des investissements.
Près de 60% de ces fonds proviennent d’acteurs français, c’est-à-dire des entreprises privées, Proparco, AFD et des fonds d’investissements.
Les 40% restant constituent un apport des investisseurs africains.
L’objectif final est la création de 250 000 emplois directs sur le continent.
Ces fonds doivent financer des partenariats public-privé et des projets bancables à rentabilité claire et fort impact.
La RDC est-elle eligible à ce financement ?
La RDC avec une délégation de 119 membres, a été l’une des plus représentées à ce sommet. Avec comme mission de nouer des partenariats dans des secteurs prioritaires comme le numérique, l’énergie, l’agriculture et la finance carbone du bassin du Congo.
Alors que plus ou moins 100 accords ont été signés, les engagements pour la RDC se limitent pour l’heure aux projets français déjà financés et réaffirmés à cette occasion. Soit 127 millions d’euros dans le numérique, les mines et l’entrepreunariat féminin.
La part réservée et dûment décaissée pour le numérique s’élève à 100 millions d’euros pour 10 000 km de fibres d’optique destinés à connecter plus de 30 millions de congolais à l’internet bon marché et à moderniser les services publics.
15 millions d’euros ont déjà été disponibilisés pour la formation d’ingénieurs et techniciens miniers dans 5 provinces, à travers 6 laboratoires et 4 établissements.
Pour la promotion de l’entrepreunariat féminin, 12 millions sont prévus pour financer 1200 femmes dans les provinces de Kinshasa, Kwango et Kwilu.
Mais la RDC mérite mieux, en raison des projets congolais public-privé en droite ligne des secteurs définis comme prioritaires au sommet.
La transition énergétique où la RDC joue un role de premier plan avec son potentiel hydroélectrique, le grand Inga et ses minerais critiques. Ces investissements de l’ordre de 4,3 milliards d’euros devaient naturellement y être orientés.
Le Numérique et l’IA sont à hauteur de 3,7 milliards d’euros des financements qui peuvent aider au développement des infrastructures de connexion.
Le milliard d’euros prévus pour l’agriculture pourrait booster ce secteur clé pour la souveraineté alimentaire congolaise.
Le secteur de santé profiterai bien des 942 millions d’euros annoncés pour le renforcement des systèmes de production locale des médicaments.
Ces fonds étant à qualifiés d' »orientés projets », la RDC pour en être éligible, devra proposer des PPP solides, un climat des affaires amélioré pour rassurer les investisseurs français et présenter des projets bancables portés par des entrepreneurs locaux, puisque le sommet encourage le croisement des capitaux européens et africains.
Macron et Ruto ont insisté sur la fin du modèle « donateur receveur ». La seule manière de capter une part importante de ces milliards, c’est des projets d’investissement dans ses infrastructures, ses entreprises technologiques ou minières.
Léon Mukanda Lunyama Junior