La conférence de presse du Président Félix Tshisekedi a vécu le mercredi 06 mai courant. Un exercice plutôt maitrisé du Chef de l’Etat qui a suscité de nombreuses réactions dans l’espace politique du pays.
Particulièrement dans l’opposition qui focalise ses attaques autour de la révision ou le changement de constitution qu’elle redoute tant à cause du spectre d’un possible 3ème mandat de Fatshi, et de l’entretien réel ou supposé de la guerre à l’Est pour s’éterniser au pouvoir.
Pour l’opposition, le dialogue « inclusif » reste la panacée à la crise multiforme à laquelle le pays est confronté. Bien que les veritables points devant faire l’objet des débats demeurent flous.
Le Président de la République au cours de son point de presse s’est dit ouvert au processus à condition que l’opposition lui présente les garanties de non récidive du Rwanda de son rôle déstabilisateur. Le président a été on ne peut plus clair, « le dialogue n’aura de sens que s’il peut ramener une paix permanente à l’Est du pays ».
Les opposants sont mis au défi d’apporter une réponse positive à cette interrogation.
Pour l’opposition plutôt agacée par le peu d’empressement du pouvoir pour le dialogue qui représente pour eux un rapide raccourci pour réintégrer les sphères du pouvoir, c’est la preuve que la guerre est instrumentalisée aux fins de l’inexorable glissement qui se profile à l’horizon 2028.
Elle peine cependant à condamner, si ce n’est du bout des lèvres de certains, le rôle central de Kigali dans la déstabilisation de l’Est pays.
Comment alors apprehender cette thèse de l’opposition politique de l’entertien de l’instabilité securitaire pour justifier un report d’election ou une soi-disant « présidence à vie » de Fatshi.
Ces propos de Katumbi et Sessanga que Fayulu a répété sans trop de reflexion dans son dernier point de presse, se heurtent à bien des limites factuelles.
Le coût politique et économique est prohibitif et bien plus élevé qu’un supposé gain que le pouvoir pourrait en tirer. Car une guerre qui s’éternise, fragilise la légitimité nationale et voire internationale. La facture exorbitante d’achat d’armes et des opérations militaires évincent des fonds qui devaient être affectés au développement des secteurs sociaux et aux infrastructures, meilleurs vecteurs de maintien au pouvoir.
Par ailleurs il est strictement erroné de prétendre que le pouvoir actuel a initié cette guerre qui fait partie d’un cycle reccurent de violences d’un conflit trentenaire dont les causes sont structurelles. Notamment, l’accès aux ressources pillées sans ménagements, les questions identitaires ( prétexte fallacieux pour de nombreux compatriotes) et la faiblesse de l’Etat.
L’omission expresse de la responsabilité démontrée de Kigali dans le discours des opposants, est un point de friction majeur. Et pourtant les faits documentés par plusieurs rapports du Groupe d’experts de l’ONU soulevent deux réalités indéniables : le business de la guerre et la stratégie d’ingluence du Rwanda.
L’insécurité entretenue, non par Kinshasa mais par Kigali, facilite le drainage des minerais critiques congolais (coltan, or, étain), vers les circuits d’exportation rwandais.
En 2023, les exportations rwandaises d’or et des minerais de conflit ont atteint des records, contrastant avec ses propres réserves géologiques.
Le maintien d’une zone tampon instable permet au Rwanda de conserver une iinfluence sur la sécurité régionale et de justifier des interventions de la RDF sous couvert de lutte contre les FDLR.
Le dialogue comme panacee à la crise de l’Est
Le plaidoyer de l’opposition pour un dialogue interne pour une « cohésion nationale » est perçue non sans raison comme une recherche de partage de pouvoir plutôt qu’une solution militaire au conflit armé.
Les doutes du Président Félix sont totalement fondées. Le dialogue n’aura de sens, avait-il martelé dans son point de presse, que s’il peut ramener une paix permanente à l’Est. Car jusque-là rien ne rassure que la tenue du dialogue équivaudrait à la fin du rôle déstabilisateur de Kigali. D’autant que ce dernier s’est accoutumé à des revenus substantiels résultant de ses pillages de ressources minières de l’Est du Congo.
Critiquer ainsi donc le régime sur l’efficacité de sa stratégie militaire paraît légitime, mais l’accuser d’entretenir la guerre comme s’il avait initié, semble faire abstraction des intérêts économiques massifs rwandais du fait de son implication.
Une analyse froide de la situation indique bien que la Rdc est victime d’une instabilité créée de toutes pièces du pays, qui profite à des acteurs extérieurs acec la complicité de plusieurs fils égarés qui ne retirent que de miettes de cette trahison.
L’opposition prétend donc que le Président utilise la menace sécuritaire comme un levier politique pour neutraliser ses adversaires, restreindre l’espace démocratique et se pose en seul rempart face l’ennemi, au risque de compliquer toute alternance
Pour la majorité, ces accusations sont des vues d’esprit qui témoignent un cynisme politique. Elle rappelle que la priorité absolue du Chef de l’Etat reste la restauration rapide de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national.
Léon Mukanda Lunyama Junior