L’annonce d’un prochain dialogue national inclusif par le Président de la République a, sans surprise, libéré la parole politique. Mais derrière l’unanimité de façade sur la nécessité de pacifier et de stabiliser le pays, c’est une véritable cacophonie sémantique et stratégique qui s’est installée. Chacun y va de sa propre définition de « l’inclusivité », révélant au passage des agendas cachés et, surtout, une profonde réticence à s’asseoir réellement autour d’une même table.
À bien analyser les enjeux, le chemin de la concorde nationale s’annonce bien plus rocailleux que ne le laissent entrevoir les appels pressants de certains acteurs à une tenue rapide de ces assises.
Des visions inconciliables de l’inclusivité
Selon les acteurs en présence, le terme « inclusif » ne recouvre pas la même réalité, illustrant la fracture des ambitions.
Le pouvoir en place et ses alliés ecartent toute participation à ce dialogue des groupes rebelles aux mains souillées du sang des congolais innocents et des complices de l’agression rwandaise.
La société civile confessionnelle (Cenco/Ecc) mise sur le dialogue comme un passage obligé pour la cohésion sociale, impliquant tous les congolais, y compris ceux qui ont fait le choix s’allier aux forces étrangères pour déstabiliser leur pays. Tandis que les Églises de réveil defendent sur le sujet une position proche du gouvernement central.
L’opposition politique (notamment le groupe C64) exigent la présence aussi bien de l’opposition armée, que républicaine et la plateforme de Joseph Kabila (« Sauvons le Congo ») se dit nullement partant tout en y voyant un espace de contestation de l’ordre établi, tous espérant rebattre les cartes institutionnelles pour mieux se positionner.
La rébellion de l’AFC/M23 et ses parrains extérieurs, enfin, abordent la question à travers un prisme purement géopolitique, dicté par des intérêts d’occupation et de stratégie militaire.
Entre calculs de positionnement et désintérêt affiché
Cette diversité d’interprétations met en lumière une fracture fondamentale : le contraste entre ceux qui veulent y entrer pour régner et ceux qui refusent d’y aller par peur de perdre ce qu’ils considerent comme des gains issus de la déstabilisation de l’Est du pays.
D’un côté, une frange de la classe politique et de la société civile tient ce dialogue mordicus. Pour ces acteurs, ces assises représentent le sésame incontournable pour intégrer la gestion de la République, obtenir des portefeuilles ou repositionner des figures en mal de légitimité.
De l’autre, les masques tombent quant au prétendu désir de paix de certains radicaux. La récente sortie médiatique de Corneille Nangaa est à cet égard édifiante. En rejetant catégoriquement toute idée de dialogue avec le pouvoir de Kinshasa et en réduisant la démarche à une prétendue « refondation de l’État », l’AFC/M23 et ses soutiens démontrent un désintérêt total pour le processus. Pour eux et pour Kigali, ce projet de dialogue national est un poison : il assombrit leurs plans expansionnistes et menace leurs acquis sur le terrain. À analyser leurs enjeux réels, ils ont infiniment plus à perdre dans une négociation politique inclusive qu’à gagner.
Une désillusion programmée pour les médiateurs
Au cœur de cette tempête, les prêtres catholiques (Cenco/Ecc) risquent d’être les plus grands déçus, et ce, à leurs propres dépens. En s’investissant corps et âme pour arracher un consensus, ils se heurtent à la dure réalité des intérêts égoïstes : d’un côté, des politiciens locaux obsédés par le partage du gâteau ; de l’autre, une rébellion sous tutelle étrangère qui n’obéit qu’à la logique des armes pour la préservation de son « butin de guerre ».
En somme, ce dialogue national naît sous de mauvais auspices. Loin d’être la panacée espérée pour panser les plaies de la nation, il risque de se transformer en une tribune d’affrontements diplomatiques et idéologiques stériles. Pour les observateurs lucides, une certitude demeure : sans un sursaut patriotique sincère et l’abandon des agendas crypto-personnels, le chemin vers la paix sera pavé d’illusions.
- Léon Mukanda Lunyama Junior