La devise américaine vient de franchir la barre psychologique de 2300 Fc, frisant les 2331 Fc ce 22 avril 2026 sur le marché interbancaire. Ce que de ́nombreux analystes qualifient de tournant significatif dans la stabilité monétaire de la Rdc, tant elle marque une rupture d’avec une longue période de relative accalmie.
Une analyse objective des causes de cette surchauffe relève que cette situation résulte d’une coordination des facteurs tant conjoncturels que structurels de la politique monétaire de la Banque Centrale du Congo (BCC) que des chocs extérieurs, en l’occurrence la crise sécuritaire du Moyen Orient, provoquée par la guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran.
La hausse du prix du baril de Brent qui frise les 108 USD, alourdit la facture des importations, ce qui accroit mécaniquement la demande des devises pour l’honorer.
La réduction du taux directeur de la BCC en début d’avril de 15 à 13,5% a favorisé une injection des liquidités en CDF dans l’économie.
Ajouter à cela, l’augmentation de la masse monétaire en CDF pour financer le déficit public et les cycles des dépenses budgétaires accrues de début d’année. Cela a contribué à cette expansion de liquidités avec, in fine, la détérioration du taux de change du dollar.
Enfin, le fait que les comptes RME représentent près de 87% de l’ensemble des dépôts au premier trimestre de 2026, temoigne explicitement du manque de confiance des agents économiques qui préfèrent recourir au dollar pour se prémunir des accès d’instabilité de la devise nationale.
Bien que cette dépréciation soit qualifiée de modeste, elle peut à defaut d’être rapidement contenue, rapidement impacter plusieurs indicateurs majeurs de l’économie.
La forte dépendance aux importations de l’économie nationale, alimentera l’inflation importée suite à l’ajustement automatique à la hauuse des prix des biens de consommation importées.
La capacité de consommation réelle des menages dont les revenus sont fixés en CDF, sera sensiblement réduite à cause de cette perte de pouvoir d’achat. Les entreprises, elles, auront difficile à réaliser leur planification financière et donc à invedtir à court terme.
Sur le plan budgétaire, les dépenses en devises croîtront à coup sûr, ainsi que le service de la dette extérieure.
Néanmoins la BCC dispose de plusieurs outils conventionnels et structurels pour inverser cette tendance. Elle se doit d’agir vite comme d’habitude à travers le Comité de Politique Monétaire.
Le taux directeur qui avait été baissé à 13,5% pour stimuler l’activité économique, pourra être réajuster à la hausse pour éponger l’excès de liquidités en CDF et accroitre ainsi sa demande.
La hausse du coefficient de réserves obligatoires des dépôts des banques commerciales à la BCC réduira leur marge de spéculation sur le dollar.
L’emission des Bons de Trésor pourra également servir à réguler la masse monétaire en CDF en circulation.
Les interventions sur les marchés de change par la vente aux enchères d’énormes quantités de devises aux banques commerciales, attenuera la surchauffe et stabilisera le cours de change.
La recente mesure obligeant les opérateurs du secteur minier, à s’acquitter de leurs obligations fiscales en monnaie nationale, alimentera les reseves internationales et stabilisera l’offre de dollars.
Au delà de ces leviers conventionnels, la BCC a récemment décidé pour mieux reguler les flux du cash, d’assurer seule l’exclusivité de l’importation physique des devises d’ici 2027. Une mesure jugée salutaire par certains observateurs car elle contribuera au contrôle de l’offre des devises dans l’ensemble de l’économie nationale.
La mise en oeuvre d’une étroite coordination de la politique monétaire et de la politique budgétaire permettra d’éviter toute monétisation supplémentaire du déficit de l’Etat.
Comme on peut l’obsever, la BCC ne manque pas d’atouts pour maitriser tout dérapage prolongé du taux de change. Et en dépit de cette pression sur le CDF, l’inflation en glissement annuel reste contenue autour de 2,19%. Ce qui laisse une bonne marge de manoeuvre à la Banque des banques pour agir avant que la situation ne devienne irreversible.
Léon Mukanda Lunyama Junior