Une récente étude du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement de l’Université Libre de Belgique (ULB) a montré qu’entre 2010 et 2018, les forêts du bassin du Congo ont émis environ 0,6 gigatonne de dioxyde de carbone par an en net, tandis qu’elles n’en absorbaient que 0,4.
Une situation bien plus qu’alarmante, car la planète, si d’autres études le confirment, perd l’une de ses soupapes de sécurité climatique naturelle.
Les forêts de la cuvette centrale ne retirent plus assez de carbone de l’atmosphère qu’elles n’en restituent.
D’après les chercheurs belges, la mortalité des arbres a augmenté de 60% en 20 ans dans certaines régions du bassin du Congo. Simultanément, le taux de croissance des arbres restants a diminué.
« Cette double dynamique, mortalité accélérée et croissance ralentie, explique pourquoi le bilan s’est inversé si dramatiquement. » La forêt tropicale africaine, loin de freiner le changement climatique, l’accélère de plus belle.
« Cette inversion de rôle des forêts africaines intervient à un moment critique du changement climatique. Le monde a dépassé le 1,1°C de réchauffement depuis l’époque pré-industrielle et la fenêtre pour rester sous 1,5°C, se referme. »
Et les projections des modèles climatiques prédisaient que les forêts tropicales continueraient de jouer un rôle modérateur.
Hypothèse battue en brèche désormais.
L’étude confirme la fragilité du puits de carbone que constitue la cuvette centrale, la capacité d’absorption du deuxième poumon de la planète étant menacée par le réchauffement climatique et la déforestation.
L’une des découvertes majeures de l’étude est que les tourbières du bassin du Congo, stockent près de 30 milliards de tonnes de carbone, l’équivalent de 3 ans d’émissions mondiales de combustibles fossiles. Ce carbone accumulé depuis des millénaires, est libéré ou réinjecté dans l’atmosphère quand le niveau d’eau baisse suite à la sécheresse ou le drainage. Les rivières du bassin du Congo rejettent d’énormes quantités de CO2 à cause de la décomposition de la biomasse.
Pour rappel, ces études ont recouru à la modélisation climatique pour demontrer comment la hausse de température influence la mortalité des arbres et la capacité de stockage des sols et à la biochimie isotopique pour tracer l’origine précise du carbone. Et savoir enfin comment l’agriculture et la déforestation modifient la structure des sols et la capacité de retention du CO2.
RDC, le statut de pays solution mis à mal.
Face à ce flot de mauvaises nouvelles, la Rdc devra désormais déchanter car elle s’est toujours présentée lors des differents sommets climatiques comme le pays-solution misant sur la capacité de sa forêt dense à capter le carbone mondial pour attirer les financements verts, notamment le crédit carbone et le fonds climat.
Si sa forêt devient émettrice nette comme l’insinue l’étude, le narratif doit radicalement changer.
Les conséquences sur sa politique environnementale et climatique n’en seront que déplorables.
Le pays qui fonde sa stratégie sur la vente des « crédits d’absorption », risque en effet de voir ces crédits se déprécier si les acheteurs internationaux se désintéressent, se detournant des projets de réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts.
Ne vendant plus « un service de nettoyage » ou l’absorption des gaz polluants, elle devrait exiger des fonds pour une opération de sauvetage » dont le but sera de stopper les émissions.
La gouvernance forestière devra radicalement changer pour se concentrer sur la lutte contre la déforestation et la dégradation. Le maintien du moratoire sur l’attribution de nouvelles concessions forestières et la lutte contre l’agriculture itinérante et l’usage du bois comme source d’énergie constituent autant des moyens de lutte.
Le gouvernement devra par ailleurs accélérer la transition énergétique, par un accès plus large des populations à l’électricité et au gaz de pétrole liquéfié, pour reduire la dépendance au charbon de bois, une des principales causes de la dégradation des forêts.
Cette transition énergétique permettra également d’élargir le concept pays-solution bien au-delà du seul puits de carbone forestier. Le rôle du cobalt, du cuivre et du lithium devra être accentué dans cette transition de manière à rendre la Rdc incontournable même quand son bilan carbone s’affaiblit.
Il y a cependant des craintes que lors des prochains sommets sur le climat notammant la Cop30, la position de force du pays, fournisseur des services environnementaux, se mue en position de vulnérabilité.
La Rdc devra alors négocier des « paiements basés sur les résultats » beaucoup plus agressifs pour préserver les forêts et inverser la courbe de dégradation avant que le seuil de non-retour ne soit atteint.
Léon Mukanda Lunyama Junior