Cent jours après sa prise de fonctions, la nouvelle direction de l’Autorité de Régulation du Secteur de l’Électricité (ARE), guidée par sa Directrice Générale Soraya Aziz, a dévoilé le bilan d’étape de sa feuille de route lors de sa « Matinée de la régulation » organisée ce lundi 05 octobre au Salon Congo du Pullman. Entre attractivité des investissements, régulation administrative et renforcement des partenariats stratégiques, les résultats présentés témoignent d’une volonté affirmée d’imprimer un rythme nouveau à l’assainissement et au développement du marché électrique congolais.
Transmis au ministre de Ressources hydrauliques et Électricité, Aimé Sakombi Molendo, par l’intermédiaire de son Directeur de Cabinet et en présence du Conseiller du Chef de l’État en matière de Mines et Énergie, ce rapport de 100 jours dresse la trajectoire de l’organe régulateur face aux défis structurels de la RDC.
Une déclinaison opérationnelle des missions légales de l’ARE
Conformément à la Loi n° 14/011 du 17 juin 2014 relative au secteur de l’électricité, l’ARE a pour attributions principales la régulation, le contrôle, la protection des usagers et l’attraction des investissements privés dans un marché autrefois monopolisé. Les réalisations présentées par Soraya Aziz s’articulent autour de ces piliers légaux :
1) Attraction des investissements et promotion du marché : la nouvelle direction de l’ARE revendique dès lors la constitution d’un portefeuille d’investissements énergétiques estimé à 2,3 milliards de dollars américains, visant à injecter une capacité additionnelle de 2 684,8 mégawatts (MW) dans le réseau national. Cette démarche répond directement à la mission de régulation économique et d’encouragement du partenariat public-privé (PPP).
2) Encadrement administratif et conformité : avec plus de 40 avis favorables et certificats de conformité délivrés aux opérateurs publics et privés, le régulateur remplit son rôle de gardien des normes techniques, juridiques et environnementales.
3) Protection des consommateurs : le déploiement d’une plateforme numérique de gestion des plaintes matérialise l’obligation légale de veiller aux droits des usagers, en leur offrant un canal direct de recours face aux défaillances de services (facturation, coupures intempestives, qualité du signal).
4) Synergie institutionnelle et inclusive : la signature de trois protocoles d’accord avec le Cellule d’Analyse des Indicateurs de Développement (CAID), le Réseau Mwangaza et l’Association Congolaise pour le Développement de l’Énergie Renouvelable (ACERD) s’inscrit dans la mission de planification territoriale et de promotion des solutions décentralisées.
Les défis d’un passage à l’échelle
Si la présentation de ces chiffres traduit une dynamique volontariste, l’écart reste considérable entre les intentions d’investissement et la concrétisation sur le terrain. Les 2,3 milliards de dollars annoncés représentent des intentions ou des projets en phase d’instruction régulatoire. Leur bancabilité effective dépendra de la stabilité du cadre macroéconomique, de la solvabilité des acheteurs d’énergie (off-takers) et de la capacité du réseau de transport à évacuer ces 2 684,8 MW.
L’assainissement du secteur exige également que les avis favorables délivrés ne restent pas de simples permis administratifs, mais débouchent sur des chantiers physiques. De même, la plateforme de gestion des plaintes devra prouver son efficacité contraignante face aux opérateurs défaillants.
La feuille de route 2026-2030 : Les priorités pour viser la couverture universelle
Pour faire passer le taux d’accès à l’électricité en RDC d’un niveau actuel estimé à moins de 20 % vers une couverture nationale quasi intégrale à l’horizon 2030, la direction de l’ARE doit structurer ses actions futures autour de quatre axes prioritaires suivants :
a) La régularisation et la libéralisation effective du segment Transport
Le segment du transport d’électricité demeure le goulot d’étranglement majeur. Pour valoriser les 2 684,8 MW projetés, l’ARE doit accélérer la mise en place de tarifs d’accès aux réseaux de transport et de distribution (wheelating tariffs) clarifiés, incitant les investisseurs à financer les lignes à haute tension interconnectant les grands bassins de production et de consommation.
b) Le déploiement massif des réseaux décentralisés (Off-grid)
Compte tenu de l’immensité du territoire national, l’électrification rurale ne pourra reposer uniquement sur l’extension du réseau national. L’ARE doit alléger davantage les procédures d’octroi de licences pour les mini-réseaux verts (< 5 MW) et harmoniser les structures tarifaires pour garantir la rentabilité des investisseurs tout en maintenant des prix soutenables pour les ménages à faible revenu.
c) L’établissement de tarifs réfléchissant les coûts réels (Cost-Reflective Tariffs)
Afin de pérenniser les investissements privés sans créer de distorsion sociale, le régulateur doit appliquer une méthodologie tarifaire transparente et révisable. Cela implique de trouver l’équilibre financier des opérateurs et la mise en place de mécanismes de péréquation ou de subventions ciblées pour les populations vulnérables.
d) Le renforcement du pouvoir de sanction et de contrôle
Pour crédibiliser le marché, l’ARE doit passer du rôle de facilitateur administratif à celui de gendarme strict. Le suivi rigoureux des cahiers des charges des concessionnaires et l’application effective de sanctions financières ou de retraits de licences en cas de non-respect des engagements seront indispensables.
Le bilan des 100 jours de la direction Soraya Aziz pose des bases chiffrées et institutionnelles prometteuses. La réussite de ce mandat se mesurera toutefois à la transformation concrète de ce portefeuille d’investissements en kilowattheures disponibles dans la logette électrique de chaque ménage et chaque industrie du pays.
Léon Mukanda Lunyama Junior