Les ODD mis à mal par le recul de l’aide publique au développement

Le rapport de l’OCDE du 09 avril 2026 est formel, le recul de l’aide publique au développement (APD) marque une phase critique du declin structurel de la solidarité internationale.

Près d’une decennie après, l’APD connaît une chute de près de 27% en Afrique subsaharienne particulièrement. Cette baisse abrupte reconfigure les priorités géopolitiques mondiales pour les principaux pays donateurs, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France.

L’analyse chiffrée du rapport de l’OCDE indique des baisses records après une période de croissance exceptionnelle 2019-2023, caractérisée par la pandémie du covid-19 et de l’invasion russe de l’Ukraine. Cet effondrement représente une chute de 23,1% en termes réels en 2025, une première pour l’OCDE car cette contraction ramène l’APD à son niveau d’il y a dix ans. Tous les efforts de financement du développement constatés pendant cette période tombent ainsi à l’eau. Les pays donateurs ayant reduit drastiquement et simultanément leurs budgets d’aide au cours de la période 2024-2025. D’après le rapport, trois facteurs expliquent ce désengagement : d’abord la stabilisation des crises, notamment la covid-19 et l’aide d’urgence à l’Ukraine, a abouti au retrait des fonds. Ensuite, les pressions budgétaires internes provenant des crises d’inflation et du poids de la dette, ont milité pour des coupes sombres. Particulièrement en France où l’APD a chuté de 16% entre 2025 et 2026. Enfin, la réallocation des fonds vers la défense vu le contexte des tensions géopolitiques mondiales, la guerre en Ukraine et le conflit armé au Moyen Orient. L’arbitrage budgétaire a nettement penché pour la défense nationale au détriment de l’APD.

Ce sont les populations les vulnérables des pays du sud qui sont les plus négativement impactés par cette baisse de financement des projets de santé de base et d’infrastructures, outre les risques de crises de surendettement et de catastrophes climatiques.

Les experts de l’OCDE redoutent que ce recul ne débouche sur des conséquences mortelles, si la tendance se poursuit jusqu’en 2030. Ils projettent plus 9,4 millions de cas de décès évitables dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, faute d’accès aux soins de santé de base et à la sécurité alimentaire.

En substance, le rapport de l’OCDE marque la fin d’une ère de générosité de crise. L’APD n’est plus une priorité absolue, alors même que les besoins liés au changement climatique et à la pauvreté extrême sont en croissance.

Le fossé entre l’ambition des ODD et la réalité des financements disponibles, continue à se creuser.

Les ODD mis à l’épreuve 

Avec la crise historique à laquelle l’APD est confrontée comme l’indique le rapport, il y a un risque évident, à défaut d’une restructuration profonde du système financier international, que les ODD ne soient plus qu’une décennie perdue.

A moins de quatre ans de l’échéance de 2030 fixée aux ODD, force est de constater qu’ils sont loin d’être réalisés.

En cause, le grand retard des ODD et le déficit du financement du développement.

En effet, seuls 15% des cibles des ODD sont susceptibles d’être atteint sur le plan mondial, note le rapport. Ce qui est insignifiant.

En Afrique subsaharienne, les indicateurs de pauvreté ou de la faim, sont en régression depuis cinq ans. Loin de s’améliorer, la situation s’est davantage empirée.

Il faut rappeler que l’idée à la base était que l’APD devait servir de levier pour attirer les investissements privés pour réaliser les ODD., Le secteur privé s’est au contraire montré très frileux et méfiant.

Avec cette baisse, les infrastructures de base devant servir aux investissements privés sont affaiblies.

C’est pourquoi l’on envisage de plus en plus au niveau de la communauté internationale, la mise en place d’un cadre de remplacement ou d’extension des ODD.

Réflexion est faite sur l’idée de l’abandon de l’APD dans sa forme actuelle pour un modèle de partenariat économique « gagnant-gagnant » et de justice climatique.

La transition est plutôt penible pour les pays africains, très dépendants de l’aide, obligés de trouver des palliatifs pour leur souveraineté financière.

Une nouvelle dynamique dans ce sens s’est enclenchée au sein des pays du sud qui désormais misent sur la prise en charge de leur développement par une mobilisation accrue des ressources nationales. Un effort dans la mobilisation des recettes fiscales couplée d’une lutte contre les flux financiers illicites, en l’occurrence la corruption, pour dégager les moyens de financer leur développement.

Le discours économique table sur l’industrialisation, principalement pour les pays producteurs des produits miniers de base comme la Rdc. Il s’agit de transformer les minerais critiques sur place pour ne plus dépendre de la volatilité des prix des matières premières et de l’APD.

Et le commerce intra-africain, à travers la mise en place de la Zone de Libre Échange Continentale Africaine (ZLECAF), procède de la même logique pour moins dépendre des marchés occidentaux.

C’est pour eux, le seul moyen de passer de l’aide à la souveraineté financière.

Léon Mukanda Lunyama Junior 

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