Le récent rapport de la Banque mondiale sur l’état des entreprises publiques en Rdc, intitulé « Du parking à la voie rapide » dresse, à l’intention du gouvernement, un diagnostic sans complaisance de l’économie nationale et particulièrement des entreprises publiques, véritables gouffres financiers pour le Trésor.
A quelques exceptions près, ce diagnostc reprend les critiques objectives formulées en son temps par le ministre des Finances honoraire, Nicolas Kazadi, à l’égard des entreprises du portefeuille de l’Etat.
La Banque mondiale épingle dans son rapport la mauvaise gouvernance de ces entreprises publiques comme un frein majeur à la croissance inclusive.
Entre 2014 et 2023, elles ont accumulé plus de 5 milliards de dollars de perte de gestion et leur dette a atteint 7,5% du PIB. La Snel, la société nationale d’électricité, represente à elle seule 75% de cette dette.
Le ministre Kazad dénonçait en son temps, cette gestion administrative et financière défaillante, marquée par une incapacité à produire des rapports financiers certifiés et à jour. L’interférence politique, l’instabilité des dirigeants favorisant cette opacité propice aux détournements et aux décisions non économiques.
Leur performance financière laisse à désirer, comme le rapport l’évoque ci dessus, à travers la vertigineuse hauteur des pertes. Elles sont en permanence maintenues sous perfusion
Faute de rentabilité, la majorité d’entre elles ne contribuent que faiblement au budget de l’Etat, dependant de subventions publiques pour leur fonctionnement de base et sont de ce fait, une lourde charge pour le Trésor.
Des effectifs pléthoriques; des infrastructures vétustes et l’absence de professionnalisme des équipes plombent leur productivité et gonflent à l’excès les charges salariales, estimées à près de 35% su chiffre d’affaires.
La qualité des services fournis reste médiocre (eau, électricité), en dépit de la situation de monopole dont elles jouissent. Ce déficit d’efficacité est un frein direct au développement economique et à l’attractivité pour les investisseurs.
A ces griefs, le rapport ajoute l’évasion des recettes en leur sein, comme le soulevait Nicolas Kazadi. Une partie des revenus générés echappe, en effet, au contrôle de l’Etat en raison des circuits financiers parallèles.
Leur modèle économique est défaillant. Il est basé sur le maintien des tarifs artificiellement bas pour les services publics (eau, électricité, transport) empêchant la couverture des coûts réels, les subventions nationales ciblées, l’amalgame entre missions commerciales et missions de services publics ou obligations d’Etat. D’où une dépendance budgétaire sans résolution structurelle. Des entreprises publiques constamment sous perfusion, ne survivant que par des interventions extérieures répétées, faute d’autonomie financière.
Le rapport relève en subsistance ce qu’il qualifie de paradoxe de croissance et de l’inflation. La croissance économique congolaise reste l’une des plus élevée en 2025, soit plus de 5%, tirée par le secteur minier. L’inflation a chuté de 11,7% à 2,3% en glissement annuel debut 2026, grâce à une politique monétaire rigoureuse et des prix mondiaux favorables.
En dépit de tous ces indicateurs macro-économiques flatteurs, l’impact sur le quotidien des congolais demeure marginal.
Bien que cette stabilité soit encourageante sur papier, elle ne se traduit pas par une amélioration observable du niveau de vie des congolais. Le coût de la vie reste élevé pour les ménages. La croissance pourtant dynamique, est jugée déconnectée des besoins de la population.
La Banque mondiale a fait des recommandations prioritaires pour redynamiser la rentabilité des entreprises publiques. Les réformes structurelles nécessaires à engager devront viser la séparation nette des missions commerciales et celles des services publiques; la professionnalisation de la gestion; le renforcement de la transparence financière et enfin la rationalisation des dépenses fiscales et l’élargissement de l’assiette fiscale pour réduire la dépendance au secteur minier.
Léon Mukanda Lunyama Junior