Réuni ce jeudi 8 octobre 2026 à Kolwezi pour sa quatrième réunion ordinaire de l’année, le Comité de politique monétaire (CPM), sous la présidence du gouverneur André Wamesso, a tranché en faveur de la continuité.
Dans un contexte marqué par une inflation annuelle contenue à 7,25 % à la fin septembre, l’institut d’émission a opté pour le statut quo sur ses principaux leviers : le taux directeur demeure fixe à 12,5 %, le taux du guichet de prêt marginal reste ancré à 16,5 %, et les coefficients de la réserve obligatoire sont reconduits.
Pour assouplir progressivement les conditions de liquidité du système bancaire tout en encourageant l’usage du franc congolais, le CPM a également décidé de rémunérer à 0,5 % la réserve obligatoire constituée sur les dépôts en monnaie nationale et de dégeler une partie de la réserve obligatoire jusqu’alors cristallisée.
Comprendre les leviers : Le rôle des taux dans l’économie congolaise
Pour bien saisir la portée des décisions de la Banque centrale, il convient de rappeler la fonction stratégique de ces instruments.
Le taux directeur (12,5 %) est le taux d’intérêt de référence auquel la Banque centrale prête de la liquidité aux banques commerciales. En le fixant à 12,5 %, la Banque centrale influence directement le coût du crédit dans le pays. Un taux élevé renchérit les emprunts pour les ménages et les entreprises, ce qui freine la distribution du crédit et ralentit la création monétaire pour éviter une surchauffe.
Le taux du guichet de prêt marginal (16,5 %) sert de « soupape de sécurité » de dernier recours pour les banques ayant un besoin urgent de liquidités à très court terme. Fixé à 16,5 %, il impose une pénalité dissuasive, incitant les institutions financières à mieux gérer leur trésorerie au quotidien plutôt qu’à dépendre des guichets de l’institut d’émission.
Pourquoi garder le cap ? L’analyse de la stratégie monétaire
La décision de maintenir la rigueur monétaire tout en réinjectant une liquidité ciblée repose sur un arbitrage économique fin :
1. L’ancrage des anticipations d’inflation
Avec une inflation établie à 7,25 % à la fin du troisième trimestre, les mesures antérieures portent leurs fruits. Toutefois, l’économie congolaise restant vulnérable aux chocs extérieurs et à la volatilité du marché des changes, relâcher prématurément la garde sur le taux directeur risquerait d’alimenter une reprise incontrôlée des prix à la consommation.
2. La dédollarisation progressive et l’attractivité du Franc congolais
La décision de rémunérer la réserve obligatoire sur les dépôts en monnaie nationale à hauteur de 0,5 % constitue un signal fort accordé au secteur bancaire. L’objectif est d’inciter les banques à collecter davantage d’épargne en monnaie nationale, soutenant ainsi la souveraineté monétaire et réduisant la dépendance au dollar américain.
3. Le soutien prudent à la liquidité bancaire
Le dégel partiel de la réserve obligatoire cristallisée injecte une bouffée d’oxygène dans les bilans bancaires sans pour autant créer de dérapage monétaire. Cette mesure permet d’alléger la pression sur la trésorerie des banques afin qu’elles puissent continuer à financer l’économie réelle sans générer de pressions inflationnistes excessives.
En réaffirmant ses orientations à Kolwezi, la Banque centrale privilégie la prévisibilité. Face aux incertitudes mondiales et locales, la stabilité des taux reste le principal rempart pour protéger le pouvoir d’achat des ménages et garantir un cadre macroéconomique propice à l’investissement.
Léon Mukanda Lunyama Junior