Économie de guerre, le mirage des canons et la réalité de la récession

Dans les arsenaux de Washington comme dans les complexes militaro-industriels d’Iran, les chaînes de montage ne connaissent plus de répit. Alors que le conflit s’enlise au Moyen-Orient, les aveux récents du Pentagone sur une pénurie criante de munitions n’ont fait que lever le voile sur une réalité déjà incandescente : l’industrie de l’armement tourne à plein régime.

​Pourtant, derrière l’euphorie boursière des géants de la défense et les carnets de commandes qui débordent, une question cruciale s’impose à l’économie mondiale : cette production intensive de matériel de mort peut-elle réellement stimuler la croissance globale, ou ne fait-elle que masquer une profonde récession induite par les chocs énergétiques ?

​L’illusion d’un moteur de croissance par la défense

​À première vue, l’injection massive de capitaux publics dans les budgets militaires – frôlant les sommets aux États-Unis – stimule artificiellement le produit intérieur brut (PIB) des puissances concernées. Les usines embauchent, les sous-traitants technologiques prospèrent et les flux financiers s’accélèrent.

​Cependant, sur un plan macroéconomique global, l’armement est improductif. Contrairement à l’investissement dans les infrastructures civiles, la transition énergétique ou la santé, un missile ou un drone consommé sur un champ de bataille ne génère aucun rendement futur, aucune valeur ajoutée durable pour l’économie. Il s’agit d’une destruction nette de capital.

​Le choc pétrolier et l’asphyxie des secteurs civils

​L’idée selon laquelle le boom de l’armement pourrait compenser les pertes globales se heurte à une réalité implacable : le coût du conflit au Moyen-Orient. En désorganisant les routes maritimes et en frappant les infrastructures énergétiques, la guerre a provoqué une flambée des cours du pétrole et du gaz, propulsant l’inflation vers de nouveaux sommets et alourdissant le coût des emprunts souverains. Les conséquences en sont éloquentes :

a) Un r​alentissement généralisé : selon les rapports de la Banque Mondiale et du FMI, le choc géopolitique plombe la croissance mondiale, la ramenant à ses plus bas niveaux post-pandémie.

b) Une ​asphyxie industrielle : les secteurs civils (automobile, transport, chimie, grande consommation) subissent de plein fouet la cherté de l’énergie et la frilosité des consommateurs.

c) Un e​ffet d’éviction : les ressources financières et les matières premières rares (puces électroniques, métaux stratégiques) captées par le complexe militaro-industriel font défaut aux transitions d’avenir.

​Un « prospérité » en trompe-l’œil

​En définitive, l’industrie de l’armement ne compense pas la crise ; elle en profite tout en l’alimentant. Si elle offre des mirages de prospérité boursière à quelques conglomérats privilégiés, elle agit pour l’économie mondiale comme un parasite budgétaire et énergétique.

​La croissance dopée aux missiles ne guérira pas les maux d’une économie mondiale asphyxiée par la hausse des coûts de l’énergie et l’instabilité géopolitique. Bien au contraire, elle consacre le basculement d’une économie de création vers une économie de destruction, où les profits des uns scellent la paupérisation énergétique et structurelle de tous les autres.

La Rédaction

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