Par Jerry Bossa
Deux textes, un même pari géopolitique.
La République démocratique du Congo cherche à faire ratifier, d’une part, l’accord de paix signé le 27 juin 2025 à Washington avec le Rwanda — qui prévoit le retrait des troupes rwandaises de l’Est sous 90 jours et la fin du soutien aux FDLR — et, d’autre part, le partenariat stratégique sur les minerais critiques conclu le 4 décembre 2025 avec les États-Unis. Ce dernier organise l’ouverture aux investisseurs américains de projets miniers publics couvrant le manganèse, le cuivre-cobalt, l’or et le lithium, dont la liste a été transmise à Washington à la mi-janvier.
Le 8 mai, le Sénat congolais a déclaré recevables les projets de loi autorisant la ratification des deux accords et les a renvoyés en commission mixte. Mais le parcours est semé d’embûches. Dès janvier 2026, avocats et défenseurs des droits humains ont contesté devant la Cour constitutionnelle la légalité du partenariat sur les minerais, dénonçant un accord minier « sous couvert de paix ». Le Mouvement du 23 mars (M23), principal groupe rebelle de l’Est, n’est par ailleurs pas partie à l’accord de paix et négocie séparément avec Kinshasa.
L’enjeu dépasse la seule question minière. Cette diplomatie « minerais contre paix » peut, si elle aboutit, débloquer des flux d’investissement et amorcer la stabilisation de l’Est, condition de la sécurisation des couloirs miniers et des recettes publiques. Mais sa contestation interne et l’exclusion du M23 du périmètre négocié en font un pari encore incertain, dont l’issue façonnera autant l’économie que la souveraineté congolaise.