Alors que le débat politique se cristallise autour d’une éventuelle modification de la loi fondamentale, voulue de tous ses vœux par la majorité, hormis quelques voix discordantes de certains courants en son sein, et catégoriquement rejetée par l’ensemble de l’opposition, certains analystes ne cachent plus leur doute sur la tenue des scrutins de fin 2028, vu le contexte sécuritaire délétère à l’Est.
Cependant, la feuille de route de la Ceni est sans ambiguïté et prévoit le scrutin présidentiel pour le 16 décembre 2028. Si et seulement si le financement se fait dans les délais prévus par la loi. Un défi de taille pour le gouvernement, obligé de mobiliser des ressources dans un contexte de guerre exigeant un effort de plus en plus accru, pour le recouvrement de notre intégrité territoriale.
Sur le plan logistique, le dispatching des kits d’enrôlement et de vote dans l’arrière pays, relèverait de l’exploit, la persistance de la crise sécuritaire s’érigeant en obstacle majeur.
L’enrôlement sera de ce fait hypothétique dans les zones sous occupation des rebelles,
car l’identification des électeurs impossible.
Ce qui conforte la position des tenants de « l’argument de l’unite nationale », selon lequel, organiser les élections dans ce contexte d’occupation, consacrerait « la balkanisation ».
Argument suffisant pour une suspension du calendrier électoral au nom de la souveraineté nationale.
Sur le plan institutionnel, la tenue des scrutins reste probable. Et le respect du calendrier dépendra de plusieurs facteurs. Notamment, l’issue du débat sur la modification de la constitution et des rapports de force qui découlerait d’un hypothétique dialogue entre congolais.
Dans l’hypothèse d’une révision ou changement de la constitution, soit un passage à la 4eme République, les mandats seront « réinitialisés », les compteurs remis à zéro pour tous les candidats sur différents échelons du scrutin.
La voie royale ouverte à un troisième mandat pour le Président de la République.
Néanmoins, si la crise sécuritaire à l’Est ne trouve aucune solution, le risque d’un report justifié par l’impossibilité de voter serait particulièrement élevé, d’autant qu’il pourrait coïncider avec les tractations pour une révision constitutionnelle.
Dans un autre scénario, il serait nonobstant raisonnable, de considérer la tenue des élections de 2028 comme probable plutôt que leur annulation pure et simple, mais avec un risque réel de décalage, de recomposition du jeu électoral ou de contestation accrue si la révision constitutionnelle est percue par une partie des congolais comme un mécanisme de prolongation du pouvoir plutôt qu’une réforme de fond.
Léon Mukanda Lunyama Junior