Alors que certains analystes ont qualifié les accords de Washington de décembre 2025, signés entre la Rdc et le Rwanda, sous l’égide des États-Unis pour ramener la paix, de catalogue de bonnes intentions sans effet sur terrain, la situation vient d’amorcer une phase décisive sous l’impulsion de l’administration Trump.
En effet, le lundi 02 mars, le département du Trésor américain sous la direction de Scott Bessent a pris des sanctions drastiques à l’encontre de l’armée rwandaise et des quatre de ses responsables, notamment Vincent Nyakarundi, son chef d’état-major. Kigali est formellement accusé de soutenir activement le groupe rebelle M23 en violation délibérée de ses engagements de paix.
Le communiqué du département du Trésor exige le retrait « immédiat » et « sans condition » des troupes combattantes et de l’équipement militaire rwandais du territoire de la Rdc.
Scott Bessent n’y est pas allé de main morte, mettant à nu l’hypocrisie manifeste du regime rwandais qu’il accuse d’être le facteur déstabilisant au cœur de la crise sécuritaire de l’Est du Congo, par son appui récurrent aux rebelles du M23, mouvement catalogué comme organisation terroriste par le pouvoir de Kinshasa.
La duplicité de Kagame s’étant révélée au grand jour, par la prise de la ville d’Uvira dans le Sud Kivu, quelques semaines seulement après la signature d’une déclaration conjointe de paix à Washington. Cela fut très mal perçue par Trump, comme un affront personnel à sa médiation. D’où la sévérité des sanctions prises actuellement.
Obstacle majeur à l’application des accords de Washington, le Rwanda a officiellement réagi ce mardi 03 mars courant en qualifiant d' »unilatérales » et d' »injustes », ces sanctions qui, à son sens, « deforment la réalité du conflit » et ne « frappent qu’une seule partie ».
Il réitère néanmoins son engagement de principe à retirer ses forces « si et seulement si » la Rdc remplit ses obligations de neutralisation des Fdlr.
Il y a des raisons de douter de la bonne foi de Kagame, connu pour ses volte-faces, dans le respect de son engagement de retrait effectif de son armée. Difficile à admettre car la présence des systèmes de brouillage et la défense aérienne rwandais denoncés par les experts de l’Onu, suscitent bien des suspicions.
Kinshasa par contre a salué « une victoire diplomatique » probante, comme une reconnaissance formelle par les Usa de l’agression rwandaise. La stigmatisation des RDF par l’arsenal des sanctions américaines valide l’implication directe de Kigali dans déstabilisation de l’Est de la Rdc.
En raison de son double jeu, Kinshasa exige un désengagement réel traduit par un retrait effectif et dument vérifiable des troupes de la RDF du sol de la Rdc. Ainsi que l’arrêt total du soutien logistique et militaire au M23 qui occupe toujours des zones stratégiques du Sud Kivu (zones minières).
Enfin, le pouvoir de Kinshasa rejette catégoriquement les « accusations de contre partie » ainsi que le chantage sécuritaire de Kigali qui conditionne son désengagement à la neutralisation des Fdlr. Il rappelle que la présence militaire rwandaise est la source majeure de l’instabilité et non une réponse à une menace sécuritaire légitime.
D’où un appel pressant à la communauté internationale à accentuer la pression.
Léon Mukanda Lunyama Junior