Crise dans l’Est de la RDC : quand l’histoire bégaie

Le parallélisme de la crise sécuritaire présente dans l’Est du pays et celle sous Mzee Kabila, dégage une ressemblance frappante. Si les contextes national et international ont changé, les mécaniques de déstabilisation affichent des similitudes troublantes. C’est ce que démontre une petite analyse des parallèles historiques et des acteurs qui traversent ces deux époques.

Parallèles structurels entre les deux crises : Trois axes majeurs de comparaisons peuvent être retenus :

a) Le prétexte sécuritaire transfrontalier : à l’époque de Mzee, le Rwanda et l’Ouganda justifiaient l’incursion par la traque des rebelles FAR/Interhamwe. Aujourd’hui, le même argument est brandi concernant les Fdlr pour le Rwanda et les ADF pour l’Ouganda.

b) a remise en question des frontières ou plus concrètement la balkanisation : Dans les deux cas, on observe une velléité affirmée haut et fort de créer des zones d’influence ou des « micro-Etats » de fait (zones occupées à l’époque par le Rcd/Goma et le Mlc) pour servir de zones tampon ou de comptoirs commerciaux.

c) L’exploitation des ressources : Le rapport « Mapping » de l’ONU soulignait déjà sous Kabila que les rapports d’experts confirment aujourd’hui : la guerre est largement financée et motivée par le contrôle des sites miniers (coltan, or, cassitérite).

Les acteurs qui « reviennent à la charge »:

Certains visages et structures de l’époque de la guerre du RCD (1998 -2003) sont toujours au cœur de l’instabilité actuelle que ce soit de manière directe ou par héritage politique.

– Les Etats pivots :

a) Le Rwanda (Kagame) : Déjà acteur central en 1996 (Afdl), en 1998 (RCD) et en 2013 (Cndp) le régime de Kigali est aujourd’hui accusé par l’ONU d’un soutien actif à la coalition rebelle Afc/M23. La stratégie reste similaire : soutenir le mouvement rebelle autochtone à  fort connotation tutsi pour projeter sa puissance militaire.

b) L’Ouganda (Museveni) : Acteur clé des guerres de l’Est sous Mzee, il joue aujourd’hui, un rôle ambivalent, étant à la fois, allié de Kinshasa contre les Adf dans l’opération dénommée Shujaa, mais régulièrement cité pour ses liens opaques avec certaines factions rebelles.

– Les figures et héritiers politiques :

De nombreux cadres et dirigeants du M23 et de l’Afc (Bisimwa, Makenga,…) sont les « enfants » politiques et militaires du Rcd/Goma ou du Cndp. Ils recourent à la même rhétorique de protection des minorités banyamulenge qu’à l’époque de Mzee Kabila. Il faut  également cité Ruberwa, Nyarugabo,… qui continuent de jouer un rôle de premier plan dans cette entreprise macabre.

Néanmoins, il faut relever une nuance nécessaire entre les deux crises, deux différences notables qui complexifient la donne. La première est l’émergence du terrorisme international. Contrairement au temps de Kabila, la menace des ADF est désormais affiliée à l’EI, ajoutant une dimension religieuse et globale que le Mzee n’avait pas à gérer. La seconde nuance porte sur la posture du pouvoir de Kinshasa. Sous Kabila, l’armée était en pleine reconstruction après la chute de Mobutu. Sous Fatshi, la Rdc dispose d’une diplomatie plus active et d’une armée qui, bien que fragile, bénéficie de partenaires internationaux plus diversifiés (Sadc, instructeurs étrangers,…)

Umoja

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