Uvira : choléra, mpox et blessés de guerre, l’immense défi sanitaire après la reprise de la ville

À Uvira, dans le Sud-Kivu, la crise sanitaire illustre l’ampleur des défis auxquels les autorités congolaises sont confrontées depuis la reprise récente de cette ville autrefois occupée par les forces rwandaises et leurs supplétifs du M23. En cinq semaines seulement, plus de 2 600 cas suspects de choléra et des dizaines de décès ont été enregistrés, tandis que la résurgence d’autres épidémies et l’afflux massif de blessés de guerre mettent à rude épreuve un système de santé déjà fragilisé par des mois d’insécurité.

Le retrait des forces d’occupation a laissé derrière lui un appareil sanitaire profondément désorganisé. Le pillage des moyens logistiques, la destruction d’infrastructures et la confiscation d’équipements médicaux ont considérablement réduit la capacité d’intervention des équipes sanitaires. À cela s’ajoutent l’inaccessibilité de plusieurs aires de santé et les déplacements massifs de populations, qui compliquent la surveillance épidémiologique et la prise en charge des malades.

Selon la Division provinciale de la santé, la circulation active du choléra, attestée par un taux de positivité supérieur à 50 %, coïncide avec la réapparition de la mpox, des flambées de rougeole et la prise en charge de milliers de blessés par balles. Au total, 34 zones de santé sont affectées par l’insécurité et les épidémies combinées, tandis que plus de 2 300 blessés de guerre ont été recensés dans les zones d’Uvira, Ruzizi et Fizi.

Face à cette situation multidimensionnelle, Kinshasa a déclenché une réponse d’urgence. Une mission conjointe du ministère de la Santé et de la présidence a permis la mise en place d’un pont logistique, matérialisé par l’acheminement de plus de 35 tonnes de médicaments, d’équipements médicaux et d’intrants essentiels pour contenir les épidémies et soigner les blessés.

Mais au-delà de l’urgence, les autorités doivent désormais relever un défi plus vaste : reconstruire un système de santé viable dans une zone marquée par la guerre. Réhabilitation des infrastructures, sécurisation du personnel médical, restauration des chaînes d’approvisionnement et relance des campagnes de vaccination apparaissent comme des priorités pour éviter une catastrophe sanitaire durable.

La situation d’Uvira met en lumière une réalité implacable : sans stabilisation sécuritaire, la reconstruction sanitaire restera fragile. Dans cette région de l’est de la République démocratique du Congo, la santé publique demeure indissociable du retour de la paix et de l’autorité de l’État.

Franck Yenga

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