Organisée sous le haut patronage du Chef de l’État Félix Tshisekedi et clôturée par la Première ministre Judith Suminwa, la 12e édition de l’ExpoBéton, tenue du 07 au 10 octobre 2026 à Kinshasa, a donné lieu à une série de résolutions visant à renforcer la planification urbaine, la transformation locale et l’intégration des infrastructures.
Parmi les décisions les plus marquantes, celles concernant le développement des zones économiques spéciales (ZES) promettent de transformer l’architecture industrielle du pays. L’Agence des Zones Économiques Spéciales (AZES), représentée par son directeur général Auguy Bolanda, a présenté une feuille de route ambitieuse qui place les ZES au cœur de la stratégie nationale d’amélioration du climat des affaires et d’accélération de l’industrialisation. « Les ZES sont des leviers essentiels pour connecter nos ressources et nos capacités industrielles aux marchés régionaux et mondiaux », a rappelé M. Bolanda lors des débats.
Quatre orientations stratégiques clefs ont été adoptées :
– Interconnexion via des corridors de développement : la première résolution majeure porte sur l’implantation des ZES le long de corridors logistiques identifiés — Sud, Ouest, Est et Central — afin d’assurer une connexion directe entre bassins de production et marchés. L’objectif est de tirer parti des axes routiers, ferroviaires et fluviaux pour réduire les coûts de transport, fluidifier les chaînes d’approvisionnement et rendre les exportations congolaises plus compétitives. Cette approche corridor-centrique vise aussi à favoriser la création de pôles d’industries complémentaires plutôt qu’une dispersion anarchique des unités de production.
– Extension provinciale accélérée : fort du succès des ZES pilotes de Maluku et de Kin-Malebo à Kinshasa, chacune abritant une vingtaine d’entreprises agréées, ExpoBéton a validé le déploiement imminent de nouvelles ZES à Lubumbashi, Kolwezi et dans le Kongo Central. Cette décision s’inscrit dans une logique de régionalisation industrielle : Lubumbashi et Kolwezi, carrefours miniers du Sud-Est, offriront des opportunités de transformation locale des minerais ; le Kongo Central sera positionné en synergie avec le projet du port en eaux profondes de Banana pour stimuler l’exportation des produits finis et semi-finis.
– Harmonisation de critères d’implantation et exigences d’infrastructures minimales : les participants ont adopté des normes minimales d’implantation afin d’éviter des implantations précoces sans viabilisation. Dorénavant, les ZES devront proposer des espaces viabilisés d’au moins 250 hectares, avec un accès garanti à l’eau, à l’électricité et à des infrastructures modernes (voirie, télécommunications, gestion des déchets). Cette exigence vise à garantir la bancabilité des projets et à attirer des investisseurs disposés à s’engager sur des chaînes de valeur plus longues.
– Vers l’industrialisation et l’amélioration du climat des affaires : les résolutions adoptées soulignent également la nécessité de simplifier les procédures administratives, d’harmoniser les régimes fiscaux et d’offrir des incitations ciblées pour les industries prioritaires — notamment la transformation agroalimentaire, la métallurgie légère et les intrants pour l’agriculture.
Les pouvoirs publics et les partenaires techniques sont appelés à coordonner les financements, les études foncières et les travaux d’infrastructures pour passer rapidement de la décision à l’exécution.
Défis et conditions de succès
Si les résolutions d’ExpoBéton sont porteuses d’espoir, leur mise en œuvre dépendra de plusieurs facteurs : la capacité de l’État à sécuriser les sites fonciers, la mobilisation de financements publics-privés crédibles, la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée et la mise en place d’un cadre réglementaire stable. La coordination interinstitutionnelle, de la planification nationale aux administrations provinciales, sera déterminante pour éviter les doublons et assurer une gouvernance transparente des ZES.
En validant des orientations claires pour l’extension territoriale des ZES et en encadrant leur implantation par des normes d’infrastructures minimales, la 12e édition d’ExpoBéton pose des jalons concrets vers une industrialisation raisonnée de la RDC. Reste maintenant à transformer ces résolutions en projets opérationnels et à mesurer leur impact sur l’emploi, la valeur ajoutée locale et la diversification économique du pays.
Léon Mukanda Lunyama Junior