A l’heure où la transition énergétique mondiale aiguise les appétits pour les métaux critiques, un bras de fer feutré mais hautement stratégique se joue entre Kinshasa et Bruxelles. Au cœur de cette discorde : la restitution et la numérisation des archives géologiques de la RDC, précieusement conservées en Belgique depuis l’époque coloniale, précisément au Musée Royal de l’ Afrique Centrale (Africa Museum) de Tervuren.
Pour faire avancer ce dossier capital, le ministre national des Mines de la RDC, Louis Watum Kabamba s’est rendu en mission officielle à Bruxelles. Son objectif est clair : poser les bases d’un accord ferme pour la digitalisation et le rapatriement progressif de ce patrimoine scientifique d’une valeur inestimable.
Un trésor scientifique au cœur de la transition de la transition énergétique
Les étagères de l’AficaMuseum recèlent des décennies de cartographies, de rapports d’exploration, de données géophysiques et d’analyses de sols accumulés durant la colonisation. Pour la RDC, détenir ces documents ne relève pas seulement d’un devoir de mémoire ou d’une quête symbolique de restitution culturelle. C’est avant tout un enjeu de souveraineté économique et minière.
« Ces données représentent un patrimoine stratégique. Leur restitution permettra aux géoscientifiques congolais de disposer d’informations fiables de haute qualité afin d’améliorer la connaissance du potentiel minier national » indique-t-on dans les cercles officiels.
A l’ère du cobalt, du lithium et du cuivre, posséder une cartographie précise de son sous-sol permet à l’ Etat congolais de mieux négocier ses contrats avec les multinationales et d’orienter les investissements, plutoque de naviguer à vue.
La mission du ministre des Mines à Bruxelles
Conscient de l’urgence d’accélérer ce processus -initié sous son prédécesseur Kizito Pakabomba-, le ministre Louis Watum Kabamba a mené des discussions directes avec les autorités et institutions belges.
A propos de l’établissement d’une feuille de route, les échanges ont principalement tourné autour de la mise en place d’un calendrier précis visant la digitalisation intégrale des documents et leur transfert progressif vers le Service Géologiques Natioal du Congo.
En ce qui concerne la protection des données, l’un des points délicats du débat reside dans la convoitise que suscitent ces archives auprès des géants privés et d’investisseurs étrangers, notamment des firmes occidentales de haute technologie adossées à l’IA, désireux d’y avoir accès pour localiser de nouveaux gisements. Face à ces velléités, le ministre Watum défend une position stricte : le contrôle exclusif de ces données souveraines doit revenir à l’Etat congolais.
Vers un accord de coopération bilatérale responsable.
Du côté belge, le discours officiel prône une collaboration étroite et une restitution « responsable », bien que les discussions opérationnelles prennent du temps. L’implication active du patron des Mines congolais insuffle une nouvelle dynamique politique visant à transformer les promesses diplomatiques en actions concrètes.
Pour la RDC, l’issue de ces négociations à Bruxelles déterminera sa capacité à se réapproprier sa propre histoire géologique. En numérisant et en rapatriant ce savoir, la RDC n’entend plus se laisser imposer les règles du jeu, mais bien piloter, depuis sa propre capitale, l’exploration et la valorisation de ses richesses de demain.
Léon Mukanda Lunyama Junior