Sanctions américaines : les faiblesses cardinale de la déclaration de Joseph Kabila

Réagissant aux sanctions américaines prises à l’encontre de l’ancien président Joseph Kabila pour son rôle dans la déstabilisation de l’Est de la Rdc par un soutien politico-financier avéré à la coalition rebelle Afc/M23, son cabinet politique a dans un communiqué officiel du 1er mai 2026, qualifié lesdites sanctions d’ »injustifiées » et de « politiquement motivées ».

Il a, à travers ce message, rejeté les accusations de soutien aux rebelles de l’Afc/M23 soutenus par Kigali car, d’après lui, infondées et alignées sur le narratif du pouvoir de Kinshasa.

Réaffirmant son engagement pour l’unité nationale, il lance un appel pour une solution inclusive à la crise et se réserve le droit de contester légalement ces sanctions qu’il juge sans preuves. Il évoque son « bilan personnel » dont la réunification et l’alternance pacifique pour discrediter ces sanctions.

De l’avis de plusieurs observateurs, cette réaction s’inscrit dans une ligne de défense qu’il cultive depuis bien longtemps. Cependant dans le contexte actuel de sa connivence avec le mouvement rebelle attestée par les bons soins et les attentions que le mouvement rebelle lui prodigue à chacun de ses passages à Goma, et de sa condamnation à mort par contumace par la haute cour militaire, sa stratégie de communication présente des fissures notables.

Son argumentaire qui évoque « une dénonciation politique, une absence des preuves irréfutables de son implication et l’invocation de l’article 64 de la constitution, est de l’avis de nombreux compatriotes, une rhétorique qui peine à convaincre au-delà du cercle de ses courtisans.

Quand dans sa déclaration, il recourt à l’article 64 alors qu’il soutient totalement la coalition rebelle, cela crée un paradoxe.

Revendiquer la protection de la constitution tout en étant lié au mouvement armé insurrectionnel qu’il avait d’ailleurs combattu à l’époque, affaibli sensiblement sa posture tant revendiquée d’unificateur et de sénateur à vie, et le frappe de discredit.

Le fait d’identifier ces sanctions à des décisions basées sur le discours du régime de Kinshasa, est une preuve évidente d’ignorance du fonctionnement des sanctions de l’agence du Trésor américain l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), qui s’appuient sur des rapports documentés des services de renseignements américains, notamment la CIA et la NSA, plutôt que des simples allégations du gouvernement local.

De ce fait, son message semble être déconnecté de la gravité des charges pesant sur lui, de déstabilisation de la partie Est de la Rdc.

Sa tentative de peindre les sanctions comme de l’ingérence étrangère injustifiée, apparaît comme un bouclier de souveraineté plutôt fragile de par sa situation judiciaire de condamné à mort par contumace pour intelligence avec l’Afc/M23. Aussi son rejet des sanctions peut être considéré beaucoup plus comme une fuite en avant qu’une défense juridique solide.

Enfin le brouillard épais qui enveloppe ses relations exactes avec Nangaa, son homme de main à la Ceni en 2019, et l’Afc, a longtemps nourri des soupçons que les États-Unis ont balayé en l’identifiant formellement comme l’architecte de l’instabilité sécuritaire. L’absence d’une ligne de démarcation claire entre son role politique légal et le mouvement rebelle, renforce la conviction de Washington.

Son intention de faire recours contre ces sanctions reste un voeu pieux. Les procédures de retrait de la liste noire « Specially Designated Nationals » (SDN), sont extrêmement longues , coûteuses et rarement couronnées de succès sans un changement de comportement ou de contexte politique.

La communication du Rais est donc émaillée de beaucoup de points de vulnérabilité que bien d’analystes présentent comme des erreurs stratégiques qu’il a intérêt à vite corriger pour ne pas être pris pour une figure politique en rupture de ban. Ayant perdu toute crédibilité diplomatique, Il n’a plus la maitrise de son destin politique.

Léon Mukanda Lunyama Junior 

 

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