81ème Assemblée générale de l’ONU : Crise de confiance et impuissance multilaterale à l’épreuve de la RDC et des défis sur la paix mondiale

Ce mardi 22 septembre s’ouvre à New York le débat général de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Placée sous le thème révélateur « Restaurer la confiance, gérer la transformation : une ONU au service de tous », cette édition se déroule dans un climat géopolitique particulièrement fébrile. Entre embrasements régionaux persistants, polarisations accrues entre grandes puissances et urgence climatique, l’édifice multilatéral semble vaciller sous le poids de ses propres contradictions.

​Au cœur de cette arène internationale, la République démocratique du Congo (RDC), représentée par la Première ministre Judith Suminwa, qui porte la voix d’un État meurtri mais résolu. Kinshasa entend rappeler une vérité implacable : tant que le système international échouera à appliquer ses propres résolutions et à pacifier durablement la région des Grands Lacs, le concept même de « sécurité collective » restera une chimère.

La crise de confiance : chronique d’une impuissance institutionnelle annoncée

Le thème choisi cette année pour l’Assemblée générale résonne comme un aveu d’échec implicite. Rétablir la confiance suppose qu’elle a été rompue. Or, la crédibilité de l’Organisation des Nations unies s’effrite à mesure que s’accumulent les dossiers où son impuissance éclate au grand jour. Qu’il s’agisse des conflits gelés ou ouverts, l’architecture de paix bâtie en 1945 montre des signes d’essoufflement structurel face aux mutations du XXIe siècle.​

La tyrannie du droit de veto : Le Conseil de sécurité, censé être le gendarme du monde, est trop souvent paralysé par les rivalités hégémoniques de ses membres permanents. Chaque crise majeure se solde par des blocages croisés, transformant cet organe en une tribune d’affrontements diplomatiques plutôt qu’en un instrument d’action efficace.

​Le deux poids, deux mesures : La sélectivité dans l’application des résolutions de l’ONU nourrit un sentiment d’injustice flagrant au sein des pays du Sud global. Lorsqu’un État souverain subit des agressions ou des violations caractérisées de son intégrité territoriale sans que la communauté internationale ne brandisse de sanctions coercitives réelles, le crédit moral de l’institution s’effondre.

L’inadéquation des missions de paix : Les opérations de maintien de la paix (OMP) se heurtent de plus en plus à des réalités asymétriques, où les belligérants ne respectent ni les cessez-le-feu ni les mandats des casques bleus, exacerbant la frustration des populations locales.

Le prisme des Grands Lacs : l’injustice sécuritaire subie par Kinshasa

​Pour la RDC, la question de la confiance envers l’ONU n’est pas un exercice de style rhétorique, c’est une question de survie nationale. La région des Grands Lacs demeure la tragique illustration de l’incapacité de la communauté internationale à imposer le respect du droit international.

Alors que Kinshasa fait face à une agression persistante et à une insécurité chronique dans sa partie orientale — orchestrée par des coalitions interlope et des interférences régionales documentées —, les réponses onusiennes peinent à se traduire par des actes contraignants et décisifs.

À New York, la délégation congolaise insistera sur des impératifs non négociables :

a) ​l’application stricte et sans complaisance des résolutions sécuritaires existantes exigeant le retrait des forces agression et des groupes armés.

b) le suivi rigoureux des processus des paix qu’ils soient impulsés à Washington ou à Doha, en évitant la multiplication de formats diplomatiques stériles

c) la fin de l’impunité, condition sine qua non pour espérer un retour durable de la paix et de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

L’impératif de la réforme du Conseil de sécurité : réparer l’injustice historique envers l’Afrique

​On ne peut bâtir un ordre mondial stable sur des structures d’exclusion. Le plaidoyer porté par la RDC et les nations africaines à cette 81ème session met en lumière l’urgence absolue de réformer le Conseil de sécurité de l’ONU.

L’Afrique, qui représente plus d’un quart des États membres de l’Organisation et qui concentre une grande partie des dossiers inscrits à l’agenda de la paix et de la sécurité, demeure cantonnée à un rôle de spectatrice dans les cercles décisionnels restreints. Cette absence de représentation exécutive juste et équitable — sans droit de veto ou sans sièges permanents dotés de prérogatives réelles — constitue le symbole le plus éclatant de l’obsolescence du multilatéralisme actuel.

Redonner à l’ONU sa légitimité implique de corriger cette anomalie historique. Sans une voix africaine pleinement intégrée aux leviers décisionnels de la sécurité mondiale, les résolutions et les grands discours sur la « transformation » sonneront creux.

En définitive, cette session de l’assemblée générale de l’ONU se tient à la croisée des chemins. En plaçant le « rétablissement de la confiance » au centre des débats, les États membres reconnaissent implicitement que le statu quo mène à l’irrelevance  pour ne point dire l’inutilité de l’organisation. Pour Kinshasa et pour l’Afrique, l’heure n’est plus aux déclarations d’intention, mais à la refondation d’un multilatéralisme inclusif, audacieux et surtout contraignant, capable de faire prévaloir le droit des peuples sur la realpolitik des puissants

La Rédaction 

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