La mort de Willy Ngoma, cadre et chargé de la communication militaire du mouvement rebelle, est un tournant décisif pour l’Afc/M23. Un carrefour où il lui faut trancher entre continuité et rupture. Dans un contexte de tensions internes et des pressions diplomatiques intenses.
L’absence de réaction officielle, à cette élimination, du groupe rebelle qui reste tétanisé voire pétrifié, indique qu’il prend le temps de la réflexion pour décider de l’orientation à prendre désormais.
Prenant conscience, chaque cadre en ce qui le concerne, de l’ampleur du risque pris dans cette aventure macabre par le nombre de vies congolaises gratuitement sacrifiées, la crise humanitaire immense provoquée et à l’issue incertaine. Personne n’étant plus à l’abri.
Côté front, le moral des troupes, principalement de nouvelles recrues, fraîchement formées et envoyées au front pour servir de chair à canon, est fortement sapé. Fait attesté par l’avancée notable des Fardc et alliés sur le théâtre des opérations.
Les dissensions internes exacerbées par des luttes d’influences opposant pro et anti-rwandais, n’arrangent rien non plus.
Cependant, face aux perspectives de paix, le décès de Willy ngoma offre une opportunité de désescalade que les colombes de la coalition rebelle peuvent saisir pour promouvoir la paix avec Kinshasa. A défaut, c’est à un durcissement de leur lutte qu’il faudra s’attendre et à la relance des affrontements sur terrain.
Quels enjeux dès lors pour l’Afc/M23 ?
D’abord la légitimité. Kinshasa maintient son refus ferme de négocier avec les « terroristes », la mort d’un cadre ne faiblissant point la pression internationale sur le Rwanda, soutien des rebelles.
Ensuite, la communauté internationale (Usa, UE, UA) pourrait saisir cet instant de fragilité du M23 pour exiger le retrait des zones occupées. Enfin, le profil du futur remplaçant de Willy Ngoma donnera une indication certaine de leur choix : option politique, poursuite du dialogue avec Kinshasa ou option militaire, poursuite des hostilités.
Quelles leçons tirées ?
La principale est que la force militaire et la présence médiatique ne garantissent guère la pérennité d’un mouvement insurrectionnel sans solution politique.
Pour une paix effective, la rébellion devra troquer sa logique de confrontation armée contre une volonté sincère de désarmement. Alors que le pouvoir central devra s’activer à une bonne gestion de l’après-conflit pour mettre un terme à l’émergence de nouvelles aventures rebelles.
La stabilité de l’Est dépendra de la capacité des acteurs régionaux de faire respecter les engagements souscrits par les protagonistes.
Léon Mukanda junior
Économiste-Journaliste