La nouvelle est tombée comme un couperet le 7 mars. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a suspendu de ses fonctions le Directeur général du Bureau central de coordination (BCECO), évoquant des nécessités administratives liées à un « détournement et à une gestion catastrophique et prédatrice des ressources allouées aux programmes d’investissement ».
Pour rappel, c’est en 2022 que Jean Mabi Mulumba, expert en gouvernance de la Banque Mondiale, prend la direction du BCECO, après la signature de l’ordonnance no 22/010 du 27 janvier 2022, portant sa nomination.
Sa mission principale était de restaurer la crédibilité de l’agence auprès des bailleurs des fonds internationaux et de piloter de grands projets développement, à l’instar du Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T).
Il s’est cependant illustré dans son refus constant des missions de contrôle financier de l’Inspection générale des finances, Igf en sigle, et de la Cour des Comptes, alimentant des soupçons de fautes graves de gestion et d’opacité entretenue.
Les points de frictions entre le BCECO et les structures publiques de contrôle financier relèvent d’un contexte de surveillance de l’affectation des fonds destinés aux grands projets développement tel le PDL-145T.
De la résistance aux contrôles, prenant plusieurs formes dont le dépôt tardif des comptes, privant parfois la Cour des Comptes de donner son avis technique en temps utile pour le Parlement. Ou la rétention de l’information par le truchement de laquelle, l’accès aux relevés bancaires ou aux contrats de sous-traitance dans le cadre des infrastructures rurales, est limité.
L’ultime grief est l’absence d’unités d’exécution des projets ou l’absence des structures comptables claires au sein des projets gérés, qui rend le contrôle financier matériellement impossible. Une obstruction passive, de l’avis d’experts de l’Igf et de la Cour des Comptes.
L’opinion nationale se souvient, à ce propos, de la communication de clarification de la direction du BCECO pour sa défense, affirmant qu’elle ne s’était jamais opposé aux missions de contrôle. Mais que les « prétendues tentatives d’obstruction naissaient plutôt des retards dans la transmission des pièces justificatives ou des divergences sur les procédures de passation des marchés que l’Igf a, de près, à l’œil.
De plus le conflit des compétences entre l’Igf et la Cour des Comptes, fragilise l’efficacité de ces contrôles, d’après le BCECO. Il s’agit de la tension permanente des contrôles.
La Cour des Comptes en tant qu’institution juridictionnelle, revendique la primauté sur l’Igf, un service attaché à la présidence de la république.
Ainsi pour une structure comme le BCECO, cette dualité peut créer une forme de paralysie administrative ou être pris comme prétexte pour allonger les délais de certains audits, en indexant les contradictions entre les recommandations de deux institutions.
C’est fort de ces constats d’obstructions récurrentes qu’un récent rapport de l’Igf soumis au ministre des finances, a relevé des « irrégularités » criantes dans la gestion du PDL-145T.
Notamment des soupçons de détournements de fonds et une exécution défaillante des investissements. Les griefs concernent la construction des centres de santé et des écoles avec des surcoûts et une gestion de plus opaque.
Le rapport de l’Igf fait aussi observer que certains centres de santé ont été facturés à hauteur de 200 mille USD l’unité, contre 65 mille USD auparavant. Ils sont délivrés sans équipements et la qualité des constructions laisse à désirer.
De plus, 80% d’écoles construites par le BCECO devaient être inaugurées en 2023, ce qui n’a pu avoir lieu à cause des retards et le manque de transparence dans l’avancement des travaux, selon le même rapport.
Pour les routes de desserte agricole et bâtiments publics, 581 millions de USD ont été décaissés pour 311 ouvrages, soit 14,5% de ce qui était prévu.
Ce rapport dénonce, en définitive, une usurpation des crédits sectoriels (Éducation, santé, TP); une absence de traçabilité (seuls 2,6% de dépenses justifiées, très insignifiant), et le refus d’audits par le BCECO depuis 2023, sans raisons claires. Enfin, le déficit de données statistiques transparentes sur l’avancement des travaux ne plaide guère en sa faveur.
Face à tous ces griefs , Doudou Fwamba a décidé, en tout état de cause, de la suspension du Dg Jean Mabi, pour mauvaise gouvernance et gestion opaque des fonds destinés au financement des PDL-145T. Projet phare du mandat du Président de la république. Son échec entacherait, à coup sûr, le bilan de sa mandature.
Le passage de Jean Mabi à la tête du BCECO aurait plutôt décrédibilisé l’institution auprès de partenaires financiers aussi bien nationaux qu’internationaux. Contrairement à la mission dévolue à son mandat.
Aux dernières nouvelles des enquêtes se poursuivent et une audition du Dg par l’assemblée nationale interviendra bientôt.
Umoja