Accord sur les migrants avec les USA, éviter les pièges pour des gains conséquents

Alors que le sujet focalise tous les débats politiques actuels, le gouvernement de la république a tenu à clarifier les choses dans un communiqué officiel du ministère de communication et médias.

Réfutant la signature d’un accord avec les États-Unis pour la relocalisation permanente des migrants en Rdc, il reconnait cependant un dispositif d’accueil temporaire des ressortissants des pays tiers relevant des mécanismes migratoires des États-Unis dans le cadre des modalités définies conjointement. Un tournant diplomatique majeur pour la Rdc.

Le gouvernement Trump engagé dans une politique anti-migrants très repressive et brutale, vient de trouver en Rdc un espace d’accueil pour une bonne part de ses expulsés pour qui le renvoi dans leur pays d’origine à partir des États-Unis est impossible.

Contrairement aux expulsions classiques des ressortissants nationaux, l’accord prévoit l’accueil des ressortissants des pays tiers, tels ceux du Venezuela qui ne peuvent être rapatrier directement dans leur pays à partir des États-Unis.

La charge financière de l’accord est totalement assumée par le gouvernement américain. Cela intègre les coûts logistiques, techniques et de subsistance des expulsés. Les sites désignés sont localisés dans la capitale et ses périphéries.

Nonobstant, le flou juridique qui entoure le caractère temporaire du statut des migrants soulève aussi bien des questionnements que d’inquiétudes parmi les observateurs.

En dépit du fait que le communiqué met l’accent sur l’engagement constant de l’Etat congolais en faveur de la dignité humaine, de la solidarité internationale, de son attachement aux valeurs d’hospitalité et de responsabilité partagée entre les nations, l’accord en question est loin d’être une opération gratuite pour le pays.

Si jusque là rien à filtrer sur les probables retombées financières pour la Rdc, il faut noter que sur le plan diplomatique, elle renforce sa position de partenaire stratégique de Washington dans la region des grands lacs. De bonne augure pour un soutien plus marqué dans le conflit contre le M23/RDF et pour sécuriser les investissements dans les minerais critiques.

Il faut cependant craindre que la Rdc ne devienne un « sous-traitant » migratoire réduit à gérer des immigrés expulsés sans ménagements des États-Unis au mépris total du droit d’asile.

Et comment garantir ce séjour « temporaire  » si l’Amérique qui traite les dossiers reste incapable de les renvoyer dans leurs pays d’origine. Le piège est de voir l’accueil temporaire s’éterniser.

L’apport financier américain pour les infrastructures localisées dans la capitale et ses périphéries, bénéficiera théoriquement aux capacités administratives du pays. Mais dans un contexte de tensions sociales résultant entre autres de l’insécurité urbaine, cet accueil des migrants, parmi lesquels peuvent se retrouver des malfrats, peut être très mal percu par la population dans une agglomération surpeuplée comme Kinshasa.

Enfin si son image internationale de terre d’accueil humanitaire peut être redorée, la nébulosité juridique du statut des migrants sera difficile à maintenir à défaut d’un accord clair de réinstallation. Autrement, ce sera le vide juridique prolongé sur le sol congolais.

Parallèle avec l’accord Londres-Kigali 

L’on ne peut occulter à ce stade l’analogie frappante de cet accord avec celui avorté qui liait Londres à Kigali.

En effet les deux accords procèdent de la même logique, qui veut qu’un pays riche « paie » un pays africain pour traiter ses demandes d’asile (Rwanda) ou heberger ses expulsés (Rdc).

Alors que l’accord avec Kigali faisait du Rwanda la destination finale pour le traitement de l’asile avec l’impossibilité d’un retour vers Londres, Kinshasa mise sur un transit temporaire. Une nuance de statut de taille.

Le précédent judiciaire entre Londres et Kigali pourrait, par ailleurs, faire jurisprudence. La cour suprême britannique avair jugé illégal cet accord pour non-respect des droits des migrants. Celui liant Washington à Kinshasa pourrait dans l’avenir être confronté à des contestations similaires devant les juridictions américaines ou internationales.

Le pari semble donc très risqué pour la Rdc, si elle espère troquer cet accord sur les refoulés contre un soutien économique et une pression accrue des États-Unis sur ses belliqueux et voraces voisins. Car Kinshasa s’erige en zone tampon pour les problèmes interne de migration des États-Unis, tout en gerant une crise humanitaire supplémentaire sur son propre territoire déjà fragilisé.

En définitive, il faut craindre que le pays ne serve de laboratoire à une politique migratoire que les américains refusent d’assurer à l’intérieur de leurs frontières.

Léon Mukanda Lunyama Junior 

 

 

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